Cela fait longtemps que l’idée de jeûne intermittent et de restriction calorique m’attire. Intuitivement, je sens que c’est bon pour le corps. Et pour l’esprit.
L’humain n’a tout simplement pas été conçu pour manger à satiété, trois fois par jour, toute l’année. Le monde moderne déborde de conforts alimentaires… et de maladies chroniques.
J’ai déjà expérimenté des jeûnes de 24h ou 36h. Depuis quelques années, je pratique sans difficulté le jeûne intermittent 16/8. Mais je peinais à retrouver la motivation pour des phases de restriction plus profondes, plus intenses.
Jusqu’à ce que je fasse le lien avec ma fascination pour les chasseurs-cueilleurs. Ces humains—nos ancêtres directs, qui ont vécu ainsi pendant plus de 99 % de l’histoire d’Homo sapiens—ne mangeaient ni à heures fixes, ni en abondance. Ils s’adaptaient. À la nature. Aux saisons. À la chance.
Et c’est là que tout a pris sens.
Pourquoi ne pas créer une journée ancrée dans ce mode de vie ancestral ? Une « Journée Primale ». Une journée pour jeûner, bouger, chasser, cueillir, préparer… et manger avec intention.
Le réveil… sans café (ou presque)

Je commence la journée avec une infusion d’ortie et de menthe, histoire d’accompagner ma femme pour son thé du matin. Mais très vite, ma dépendance à la caféine me rattrape.
Un simple matin sans café, et déjà je sens poindre un brouillard mental. La motivation vacille, l’humeur se plombe.
Je décide de ne pas faire du café mon combat du jour. Il viendra. Pour l’instant, je sors boire ma tasse noire au soleil, sur la terrasse. Dopé, réénergisé, je pars à pied vers la côte.
Chasse sous-marine et algues sauvages
Arrivé sur les rochers, je récolte quelques algues et moules — au cas où la pêche serait maigre. Mon corps supporte bien les 8 km à jeun, mais sous l’eau, sans combinaison, le temps est compté. Une vingtaine de minutes à 15°C, pas plus. Il faut être précis, efficace.

À la 18e minute, j’aperçois enfin une belle vieille dissimulée derrière un rocher. Je me place, j’arme mon arbalète, je tire… mais la flèche la touche sans l’attraper. Mauvais scénario. Le poisson est blessé. Il mourra peut-être… sans nourrir personne.
Je suis frustré, bien sûr. Mais je me dis qu’il servira à d’autres. Dans cet écosystème, rien ne se perd. Et puis, même ainsi, mon empreinte reste infiniment plus douce qu’un chalutier.
Je repars donc avec des algues, des moules… et un appétit d’aventure.
Le congélateur, allié de la survie moderne
Pour ce soir, j’ai prévu un vrai repas de chasseur-cueilleur. Je pioche donc dans mes stocks congelés : une dorade et une seiche harponnées les semaines passées.
À noter : si j’avais attrapé la vieille, je l’aurais congelée avant de la manger. Ces poissons de roche peuvent contenir des parasites. Le froid, c’est la sécurité.
Et puis, rien ne m’oblige à manger immédiatement ce que j’ai récolté. Les peuples autochtones non plus ne consomment pas tout sur-le-champ : préparer prend du temps.
Le banquet sauvage
Le soir venu, je sors le grand jeu :
- Assiette de crudités : carottes sauvages, fenouil et plantain
- Seiche sur un lit d’algue nori
- Dorade au four
- Moules marinières façon « océan primitif »
Un repas rustique, mais raffiné. Sauvage, mais plein de gratitude.
Je le partage avec ma famille. Après 24 h sans manger, mon corps jubile. Même si un plat de pâtes accompagne le tout pour combler les enfants, la fête est là.


Le bilan chiffré
- 24 heures de jeûne total
- 22 km à pied, pieds nus
- 20 minutes de chasse sous-marine à 15°C

Et la suite ?
Entre-temps, j’ai déjà harponné un autre poisson. De quoi assurer la prochaine Journée Primale.
Les pommes de terre poussent aussi, et viendront enrichir mes sources de glucides, plus durablement que les carottes sauvages.
Prochain objectif : vivre une journée complète sans café.
Le plan est prêt. Je le partagerai dès que j’aurai réussi.
En guise de conclusion
Aujourd’hui, je déguste une simple salade au soleil : riz de Camargue, vinaigrette maison. Rien d’extraordinaire. Et pourtant… tout est plus savoureux. Se priver, même brièvement, rend les plaisirs simples infiniment plus riches.
Je n’ai pas encore décroché du café. Mais avoir lutté, ne serait-ce qu’un matin, me fait déjà savourer chaque tasse différemment. En attendant de m’en détacher, je crée un petit rituel plus conscient.
Car au fond, cette Journée Primale, ce n’est pas une performance. C’est une pratique de pleine conscience. Une reconnexion à la nourriture, à la nature, à l’effort, au manque, à l’émotion.
Une manière d’habiter son corps… et le monde.
À très bientôt pour une nouvelle aventure primale.


