Anatomie d’un renoncement fécond
Après m’être blessé au mollet en courant il y a une semaine, j’ai pris la décision — sage mais difficile — de renoncer au départ de l’Ultra Marin. C’était mon objectif sportif de l’année.
Depuis 2020, j’ai toujours réussi les grands défis que je m’étais fixés :
- 2020 : Projet Porteurs d’Arbre
- 2021 : Projet Bay2Bay
- 2022 : Projet Argoat
- 2023 : Traversée de l’île de Skye en courant
- 2024 : Traversée du Haut Plateau du Vercors
Chaque année, plus ambitieux, plus intense, plus sauvage.
Je savais que l’échec finirait par frapper à la porte.
C’est fait.
Mais ce qui m’importe, ce n’est pas tant l’échec…
C’est pourquoi j’ai échoué.
Et comment je vais revenir plus fort.
1. Le manque d’écoute du corps… et du besoin de récupération
Post-marathon de Paris
Je viens de courir le marathon de Paris pieds nus. Euphorie. Je suis sur un nuage.
Mais très vite, le vide post-projet me rattrape.
J’ai besoin de me relancer.
Sans réel enthousiasme, je me force à repartir.
Une semaine plus tard, je fais une sortie de 10h de marche de nuit sous la pluie à Rennes.
Je termine avec une jambe gauche bloquée.
Post Mont-Saint-Michel → Saint-Malo
Je passe ma deuxième nuit de préparation dehors. 77 km sur le GR34.
Puis j’enchaîne avec des séances ultra-intensives.
La dernière se termine par des sprints à fond sur enrobé. Pieds nus.
Résultat : tension au mollet droit.
Post Crozon
Pas totalement remis, je pars pour 3 jours sur les 3 caps de Crozon avec mon pote Nico.
Alerte au mollet droit dès le premier jour. Ça passe. Je remets du gaz.
Le 4ème jour, je suis de retour à la maison. C’est mon anniversaire.
40 ans.
Je décide de marquer le coup : 25 km. Pieds nus.
Tension au pied gauche.
Quelques jours plus tard…
Je repars courir.
Arrivé à un carrefour.
À gauche : retour à la maison, boucle de 10 km.
À droite : prolongation, 15 km.
Mon corps veut rentrer.
Mon mental dit : “Plus, c’est mieux.”
Je vais à droite.
2 km plus loin, tension soudaine et anormale au mollet.
Je ne suis pas du genre à me blesser musculairement.
Mais là, je sais. Il faut rentrer à pied.
Je tente un redémarrage.
Erreur.
À moins de deux semaines de courir 175 km… je viens de me claquer.
2. Le manque de peur… et d’humilité
En progressant, deux choses sont arrivées :
- Le défi ne me faisait plus assez peur.
- J’avais besoin d’une dose physique toujours plus forte pour me sentir vivant.
Résultat : la préparation est passée au second plan.
Entre philosophie Carpe Diem et méthode RABTP (Rien À Branler, Toujours Plus).
#jesuisinvincible
3. Le besoin de prouver… et le manque de sens
L’Ultra Marin, c’était juste là.
Départ à 60 km de chez moi, depuis ma ville natale.
Je voulais un défi plus grand que le marathon pieds nus.
Je n’avais pas mieux en tête.
Ma femme a réussi à m’y inscrire à la dernière minute.
Ma mère était bénévole.
Mais… c’est tout.
Aucune aventure.
Aucun projet de transmission.
Aucune étincelle.
Pas de sens profond.
Juste une envie de me défourailler les jambes à domicile.
Juste un besoin de prouver.
En résumé :
- Pas de sens profond
- Pas assez de peur
- Préparation négligée
Simple.
Mais on ne relie les points qu’après coup.
Ce que je ferai différemment la prochaine fois…
Pour le sens
Je n’engagerai pas un défi pour fuir le vide.
J’attendrai qu’il vienne de mon feu intérieur.
J’attendrai l’élan du printemps, pas le manque de l’hiver.
Pour la peur
Je rajouterai des contraintes au fur et à mesure de la progression.
Comme pour Bay2Bay : zéro déchets, autonomie en nourriture.
J’avais décidé de rejoindre l’Ultra Marin à vélo… mais c’était trop tard.
Pour la préparation
Je ne veux pas me priver d’intensité, mais je veux varier les charges.
Plus de nage en mer.
Plus de vélo.
Plus d’écoute.
La suite…
En abandonnant, j’ai pensé à l’été qui m’attend.
À tous les projets sauvages à venir.
Je veux vivre chaque jour à fond, pas m’abîmer pour un dossard.
Je veux bouger, courir, grimper, plonger, marcher. Pas être coincé.
Je voulais être dans la forme de ma vie à 40 ans.
Je l’ai été.
Le jour de mon anniversaire.
C’était mon pic de forme.
Mais j’ai gagné mieux encore : une forme de sagesse.
J’ai accepté d’abandonner.
J’ai accepté de taper, comme on dit en JJB.
Mais surtout…
J’ai renoncé à vouloir prouver des choses pour me sentir exister.
On dit qu’on apprend plus dans la défaite que dans la victoire.
Pour moi, c’est vrai.
En apprenant à écouter mon corps et mon instinct,
en mettant de côté le mental conditionné,
je m’ouvre une autre dimension.
Je vais commencer par là :
Guérir.
Suivre l’instinct.
Remettre le sauvage au centre.
Et vivre.
À très bientôt pour la suite des aventures.


