Ultra Marin : s’engager malgré la peur d’échouer

Alors j’ai choisi d’y aller.
Pas pour performer.
Juste pour voir jusqu’où je pourrais avancer.
Et à quel moment je serais réellement contraint de m’arrêter.


Le départ : marcher sur un fil

Je n’ai pas couru depuis 13 jours.
Je suis tendu. Mon corps est une énigme.
Je traverse Vannes, porté par l’énergie de la foule. Ça tient.

Puis viennent les premiers sentiers du Golfe.
Et là, les signaux arrivent.
Le mollet siffle, se tend, se fige.
À moins de 10 km, je pense déjà à abandonner au premier ravito.


Un souffle d’espoir

À 15 km, la douleur se stabilise.
Je pousse jusqu’au 28e kilomètre, où m’attend ma mère.
La nuit tombe, enveloppe le Golfe d’une lumière grise. Le silence s’installe.

Un coureur me raconte avoir eu la même blessure.
« Tu vas apprendre à vivre avec… Jusqu’à ce qu’une autre douleur prenne le relais. »
Cette phrase me fait sourire.
Je m’y accroche.

J’arrive au gymnase du collège Cousteau, un peu plus léger.
Je rassure ma mère. On se donne rendez-vous au matin pour un café à Arzon.
Un repère pour traverser la nuit.


Dans la nuit, en mouvement

Je suis habitué à évoluer la nuit sans dormir.
Tellement que, même à 4h du matin, allongé au gymnase de Sarzeau, je n’arrive pas à fermer l’œil.

Alors je repars. Étape après étape.
Le corps fait ce qu’il peut. L’esprit prend le relais.

Impensable, quelques heures plus tôt.


L’aube

Les premières lueurs naissent derrière les nuages.
Un crachin léger accompagne mon avancée.

J’atteins Arzon.
Le café avec ma mère est un moment suspendu.
Je suis heureux d’avoir traversé la nuit.

Puis vient la traversée du Golfe en bateau. Un instant presque poétique.


Le début de la fin

Mais dès la sortie du bateau, le corps lâche.
Le mollet ne répond plus.
Et surtout, le genou droit, sursollicité, m’envoie des signaux d’alerte.
Le pied gauche est en feu.

Je serre les dents pendant 10 km pour atteindre Crac’h.

Je passe aux soins. Kiné, podologue… Je grappille des options.
Je prends les bâtons de marche de mon beau-père.
Et j’envisage sérieusement de finir les 70 km restants en marchant.

Encore une nuit blanche.
Encore 15 heures à serrer les dents.

Mais la réalité me rattrape.


Le mur

À Saint-Goustan, je suis sur les rotules.
Je ne peux plus courir. À peine marcher.
Le corps me parle. Fort.

J’ai besoin d’un dopant.
Pas chimique.

Alors je lance un speech de David Goggins dans mes oreilles.
Il parle de repousser ses limites. Ça me donne le sourire.
Je sens tout. Et c’est bon de sentir.


Le point final

Ma famille m’attend au Bono.
Et c’est là que je rends mon dossard.

118 km.

Les pancartes de mes enfants me disent :
« Tu peux y arriver », « Tu vas y arriver ».
C’est ce que je leur répète tout le temps.

Aujourd’hui, je leur montre aussi autre chose :
Qu’on peut tout donner… et s’arrêter quand c’est juste.


Ce que j’ai réussi

  • Venir sur place à vélo
  • Me présenter au départ malgré la peur
  • Courir plus de 100 km en sandales minimalistes
  • Abandonner avec conscience (peut-être juste 17 km trop tard 😅)
  • Rester positif, aligné, vivant

Ce que je vais réussir

  • Terminer un ultra… avec mes enfants sur la ligne d’arrivée
  • M’y rendre à vélo… et en revenir à vélo aussi
  • Continuer à courir le monde, à écouter mon corps, à vivre chaque aventure comme une offrande

Rendez-vous l’année prochaine. Un peu plus fort. Un peu plus sage. Toujours vivant.

— Charles, Chasseur d’Horizon

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