Lorsque les premières lueurs de l’aube apparaissent au matin du deuxième jour, je suis déjà réveillé depuis longtemps.
J’ai peut-être dormis 3h ou 4 h tout au plus avant de me faire cueillir par le froid nocturne. La fraîcheur tombante de cette nuit nuageuse de mai a fini par traverser mon sac de couchage.
Les trop minces épaisseurs de vêtement que j’ai emmené avec moi dans le but de voyager léger ne m’apportent clairement pas le confort suffisant pour rester endormi à 3h heure du matin.
Alors je gère le froid… En boule dans mon hamac, centré sur ma respiration, j’attends patiemment que la luminosité augmente.
Quand le nouveau jour fait enfin son apparition, je suis trop heureux de démonter mon campement pour avancer et me réchauffer !
Alors que je reprends le chemin, je réalise deux choses :
La première est qu’un petit crachin breton vient gentiment humidifier l’atmosphère…
La deuxième c’est que j’ai égaré mon k-way en route !
Je l’avais accroché sur ma sacoche la veille et il a dû tomber sans que je m’en aperçoive.
Je lui rend un dernière hommage à la sauce Marie Kondo :
« Adieu petit k-way.
Merci pour toutes les fois où tu m’as servi.
Tu sors de ma vie comme tu y es entré : De je ne sais où…
Bon vent amigo et désolé…
Je ne reviens pas en arrière ! »



Moi qui avait déjà peu de vêtement pour cette aventure, j’en deviens vraiment minimaliste !
Qui peut le moins peut le plus, pas vrai ?
Je vais juste augmenter un peu la cadence pour me réchauffer…
Quand le soleil se décide enfin à percer le voile nuageux, j’en profite pour faire une pause petit déjeuner. Un sachet de cacahouètes et une part de gâteau restante du pique-nique de la veille font parfaitement l’affaire !

Lorsque je dois effectuer une tâche longue et difficile comme par exemple parcourir encore 200 km et des milliers de mètres de dénivelé, j’aime la décomposer en micro-missions qui canalisent mon attention.
Alors que je repars de mon petit déjeuner en regrettant de n’avoir pas pu l’agrémenter d’un bon café bien chaud, mon système d’activation réticulaire se focalise maintenant sur la recherche de l’élixir foncé.
C’est finalement en traversant un petit village que je croise Dominique qui partait pour laver ses carreaux. Après m’être présenté, elle m’invite à boire le café dans l’ancienne ferme qu’elle a hérité de ses parents.
Elle complète la cafetière qu’elle a fait couler pour moi avec des gâteaux qui finissent parfaitement mon double petit déjeuner de Roi !

Boosté à la caféine, aux glucides et à la chaleur humaine, je suis désormais prêt pour attaquer cette deuxième journée sur le GR (Juste après une mini-mission délestage dans la forêt…).
Le GR m’envoie ensuite vers un endroit mystique…

Lorsque que j’arrive sur ce nouveau territoire, le ciel est bas et gris à l’image des formations granitiques qui m’entourent.

L’énergie y est particulière et une femme debout sur un ensemble rocheux semble absorbée dans des pratiques d’un autre monde.

Après avoir porté mon vélo entre les amas de pierre, j’arrive enfin sur le plateau qui découvre à moi le vaste paysage alentour.

Puis je découvre les fameux mégalithes qui se dressent ici en seigneurs depuis des millénaires.



Je suis seul sur le plateau, juste accompagné par une bruine qui rend l’atmosphère vraiment mystique.

Je suis clairement dans la terre des légendes, au cœur de mon voyage !

Un moment intense !
Après avoir magnifiquement voyagé dans l’histoire en dévalant la lande, le GR reprend ses habitudes en me faisant de nouveau partir dans tous les sens.

J’en ai ras le bol.
En plus je viens de me rappeler que c’était un jour férié et qu’il fallait peut-être que je commence à m’inquiéter de trouver de la nourriture pour la suite.
Le magasin le plus proche est à Guipry. Il ferme à 12h30.
L’excuse est parfaite, je file sur la départementale laissant le GR faire ses zigzags et s’amuser sans moi.
Alors que j’ai bien roulé, j’arrive à un embranchement qui me permet une dernière fois de reprendre un peu de forêt avant d’arriver en ville… Par le GR.
Comme je culpabilise un peu de lâcher si facilement le parcours et que j’ai encore un peu de temps avant la fermeture du magasin, je décide de piquer vers la forêt.
Quelle n’est pas ma surprise de tomber sur un panneau m’interdisant l’accès… Coupant net le circuit de Grande Randonnée !

Ça bascule dans ma tête…
C’est officiel, je ne chercherais pas à parcourir le GR39 !
Je vais tracer mon itinéraire et c’est le GR qui me suivra !!!
Je me sens d’un coup libéré d’un poids.
Plus de cassage de tête à chercher les balisages…
Plus de détours incohérents et de retours vers le sud…
Ravivé par cette prise de décision, je fonce vers la ville tête baissée.
Une fois mes courses effectuées (Pain complet, purée de noisette, bananes, cacahuètes, camembert, céréales), je trouve un banc pour refaire mes réserves d’énergie et clarifier mes intentions.

Les yeux perdus dans la mare qui me fait face, je réalise soudain ce qui me plait vraiment dans mon choix de ne plus être lié au GR :
Je ne vais plus suivre un chemin tracé par d’autres gens…
Je vais créer MON propre chemin, comme j’aime tant le faire !
Je ne vais plus suivre bêtement des flèches, mais plutôt choisir l’itinéraire qui me semble le plus cohérent…
Et aller là où J’AI décidé !!!
Si la pensée suffi à me redonner de l’enthousiasme, je ne suis pas contre un nouveau shoot de caféine et de chaleur humaine.
J’ai alors la chance de croiser Yuki qui boit son café tranquillement à la porte de sa maison.
Je ne sais pas si elle a remarqué mon cerveau qui tournait au ralenti, mais elle accepte joyeusement de remplir ma tasse en rigolant. Nous sommes ensuite rejoint par Hervé son mari.
Hervé construit des maisons en paille et connait Fabrice qui était mon maître d’apprentissage lorsque je me suis formé en charpente il y a un peu plus de 10 ans ! Le monde est petit…

Rechargé par cette belle rencontre caféinée, je pars désormais vers la rive Est de la Vilaine que je ne connais pas du tout.
Je navigue maintenant essentiellement grâce à l’application Maps.me.
Et curieusement, le GR vient à ma rencontre dans les endroits les plus intéressants…
C’est donc plein de confiance que j’attaque les falaises qui surplombent la vallée.

Je sillonne les crêtes sur un parcours incroyable.

Je rencontre même un Vttiste qui me guide sur une portion du chemin pour échapper aux traitres combes qui m’auraient obligées à porter mon vélo.

Finalement, je fais une dernière grande descente qui me propulse joyeusement vers la capitale bretonne.
Ma compagne et mes enfants sont justement sur Rennes à ce moment-là. Néanmoins, je ne leur fais pas signe pour ne pas être tenté de m’arrêter là. Je préfère ne pas interrompre mon aventure et les retrouver le plus tôt possible après.
Je me fixe l’objectif d’aller toucher le parlement de Bretagne avant de filer vers le parc des Gayeulles pour sortir de la ville.

Une fois la campagne retrouvée, je m’accorde une ultime pause avant les dernières heures de VTT.
C’est alors que je fais la rencontre d’Yves un passionné d’itinérance à vélo. Nous discutons un moment et il semble très intéressé par mon style bien particulier d’itinérance via les forêts.

En repartant, je suis rapidement englouti par la forêt de Rennes qui m’enlève de nouveau à la civilisation…

Dans ce type d’endroits, le GR est parfait. Il me fait sillonner la forêt par des sentiers géniaux. Il me fait même prendre un parcours de VTT aménagé dans une allée interminable.

Je sors du poumon Rennais 2h plus tard (vers 20h).
Il me reste encore une bonne heure avant de me poser.
Je pousse jusqu’à la prochaine forêt.
Pour cette deuxième nuit, je ne vais pas me contenter d’un bois, je veux être au cœur d’une forêt !
Après une étape de 128 km, je décide enfin de m’arrêter dans la forêt de St Aubin du Cormier.
Au moment d’envoyer ma position GPS à ma compagne, je réalise que je n’ai aucun réseau.
Exceptionnellement je reviens en arrière pour effectuer le protocole que nous avions convenu ensemble.
Puis je regagne mon spot pour monter mon campement.

Tout est calme et je ne tarde pas à m’endormir comme une souche…
Jusqu’à 1h du matin où je suis réveillé par un hurlement dans la forêt !
La suite dans le prochaine article…
3 commentaires sur « GR 39 jour 2 : Acceptation et adaptation… »