Je viens d’atteindre le premier des 3 objectifs du Projet Argoat :
Rallier le Mont St Michel depuis chez moi en suivant le GR39.
Je n’ai pas réussi à parcourir le GR en intégralité pour diverses raisons…
Tout d’abord celles qui ne dépendent pas de moi comme l’absence de balisage ou les portions du sentier carrément interdites.
Puis celles qui dépendent de moi comme le refus de prendre une route quand je peux prendre un chemin ou encore simplement d’aller vers le sud.

Au final j’ai parcouru 301 km au lieu des 350 km annoncés.
En revanche, j’ai effectué 3698m de D+ alors que le GR en prévoyait 3353m… Allez comprendre…
Toujours est-il que je reste très satisfait de mon aventure. J’ai rempli mes intentions d’exploration extérieure et intérieure ; et j’en sors grandi.
Cependant j’ai décidé de ne pas m’arrêter là…
D’abord je ne suis pas du genre à célébrer mes succès longtemps. A ce sujet, je suis souvent le premier à quitter la fête.
Si certains aiment célébrer la vie en dansant jusqu’aux lueurs de l’aube, ma façon à moi de profiter de ma chance d’être sur terre est d’être en action le plus possible.
L’aube n’est pas l’heure où je vais me coucher mais plutôt celle à laquelle je me lève pour aller dévorer la vie. Je ne supporte pas l’idée de perdre une journée et je suis constamment à la recherche du prochain truc qui va m’enthousiasmer.
Cela ne fait pas de moi un insatisfait, juste quelqu’un qui est heureux en mouvement !
Ça, c’était pour la première raison de ne pas m’éterniser sur ma réussite.
La deuxième est que j’ai l’intention d’assumer au maximum mon périple et d’en minimiser l’impact sur mon environnement.
Au lieu de demander à ma compagne de venir me chercher en faisant un aller-retour de voiture depuis Rennes (où elle passe le week-end), je préfère tenter de rallier la capitale Bretonne avec ma propre énergie.
Si l’idée me séduit, elle représente aussi un nouveau défi très compliqué pour moi…
Il est 14h et j’ai déjà roulé 73 km depuis mon réveil pour atteindre mon objectif.
J’ai cumulé plus de 300 km en un peu plus de 48h dont 8h de sommeil tout au plus.
L’objectif est atteint et je dois encore m’envoyer au moins 80 km de plus sans aucune promesse de gloire au bout.
Il faut que l’histoire en vaille la peine…
Ça tombe bien, j’ai justement un sens à donner à cette action :
Je suis en train de lancer mon nouveau concept du « Tour d’humilité » !
L’humilité est une qualité que je valorise énormément tout en ayant toujours l’impression d’en être relativement éloigné.
J’aime faire les choses différemment et accomplir mes propres défis. Je suis même carrément accro au fait d’être différent ! Ça me donne une immense confiance en moi et me procure un fort sentiment de fierté.
Le revers de la médaille est que ça a tendance à me procurer également la sensation d’être un peu trop spécial…
Si j’évalue les gains de confiance en moi comme quelque chose de bénéfique, je pense à l’inverse que le sentiment d’être spécial m’élève illusoirement à une place qui est néfaste pour moi.
J’essaye donc de m’en prémunir au mieux.
Si malgré toutes ces précautions mon sentiment de « spécialitude » déborde et que je commence à me sentir trop important, la vie sait me ramener à place et j’en suis toujours reconnaissant.
Le premier tour d’humilité

J’ai donc une nouvelle fois atteint le Mont St Michel en faisant ce que certains pourraient qualifier d’exploit sportif.
Néanmoins, je n’ai nullement envie d’être mis sur un piédestal ou d’être starisé en ayant mon chauffeur perso qui vienne me récupérer.
Imaginez si les alpinistes attendaient des hélicoptères pour descendre après avoir atteint les sommets…
A l’image de l’alpiniste, je dois maintenant redescendre vite et bien.
Pour relancer la machine, j’applique une recette qui marche :
- Un mini-contrat
- Une récompense
- Une histoire qui a du sens
J’ai donc décidé qu’après 10km, une fois arrivé à Pontorson (mais encore en Normandie), j’allais me faire un bon gros sandwich au camembert…
Un camembert en Normandie ça a du sens non ?

Il ne manque plus qu’un petit café en partageant mon intention concernant ce « tour d’humilité » pour m’engager pleinement dans la démarche.
J’ai la chance de rencontrer Charlène avec qui je partage ma philosophie du moment, animé par l’enthousiasme qui nourrit chacun de mes nouveaux projets. Elle m’offre un bon café pour finir de m’énergiser avant la dernière ligne droite.

Pour être droite, la ligne est droite.
Je m’embarque sur la piste cyclable interminable entre Pontorson et Antrain.

Les souvenirs me reviennent…
Il y a un an, lors de ma traversée de la Bretagne en triathlon, j’y avais vécu une descente dans les enfers de ma psychée. Je venais d’entrer dans le mur du marathon (30 km)… Après 195 km de vélo sous la pluie !
J’avais fait l’erreur de m’être accroché à la pensée optimiste qu’il me restait 5 km à courir alors qu’il m’en restait en fait 10…
C’était une goutte, mais elle avait fait déborder mon vase mental (voir épisode 3 Bay 2 Bay sur YouTube)
La goutte justement c’est Christine qui me l’avait versé en remplissant ma gourde et en me donnant en même temps l’information qui douchait alors mon optimisme…
« 5 km ? Non : 10 km ! »
Un mal pour un bien, puisque ce revers démoralisant m’avait donné l’opportunité d’aller visiter une zone d’ombre… Cela m’avait ensuite permis de comprendre que je n’étais pas mes pensées et que je pouvais choisir les pensées sur lesquelles je m’accrochais…
Aujourd’hui c’est différent, je suis en vélo et la piste cyclable est reposante comparée aux chemins escarpés.
Et devinez qui je rencontre ensuite ?
…
De nouveau Christine qui s’occupe toujours de son jardin un an après !

En me prenant en photo avec elle, j’en conclu que je suis maintenant à 10 km de Pontorson et 20 km du Mont Saint Michel. Plus que 60 km avant Rennes…
Je me fixe un nouvel objectif :
Arriver à l’heure pour le diner dans ma belle-famille !
19h30 au plus tard. On ne m’attendra pas pour commencer et c’est parfait, ça me donne une barrière horaire… Tout en m’évitant de me sentir trop spécial !
Après la piste cyclable, le chemin entre Antrain et le canal d’Ille et Rance est très costaud et très vallonné. J’y passe quelques heures et beaucoup d’énergie.
Lorsque j’arrive enfin sur le canal, je m’accorde une dernière petite pause. Je suis encore dans les clous pour arriver à l’heure mais il va falloir que je tienne une bonne intensité pendant encore 1h30 !
Alors je me gave de glucides avant de foncer sur la piste stabilisée.

Puis après un effort soutenu (86 km), j’atteins finalement Rennes…


A 19h30 je rentre dans la maison de mes beaux-parents !
Tout le monde est à table et une place m’attends entre mon beau-frère et mon beau-père.
Le timing aurait été absolument parfait si je n’avais pas dû passer par la case douche pour ne pas incommoder toute la famille.
Après être devenu un peu plus propre, je m’assois enfin en ayant à peine pris la mesure de ce que je viens de réaliser.
Je peux maintenant me relâcher. La démarche est facilitée par mon verre qui a été rempli de vin sans même que je ne lève le petit doigt.
Mes jambes s’étendent sous la table et mes doigts de pieds s’écartent.
On me questionne sur mon périple et je commence à me sentir spécial…
Heureusement ou malheureusement, la vie est toujours là pour nous rappeler à l’ordre…
Mon fils qui était sorti de table, rate une marche dans l’escalier, tombe, se cogne le front et s’ouvre l’arcade sourcilière !
C’est parti pour les urgences…

On va y passer 6h avant de rentrer à 3h du matin !!!
Voilà pourquoi j’ai fait ce tour d’humilité.
D’abord pour redescendre vite et être prêt pour la vie qui suit son cour… Avec ses hauts et ses bas.
Durant ce tour je me suis rappelé les dangers de l’optimisme (en recroisant Christine) et j’ai évité de penser à la bonne nuit de sommeil qui m’attendait en arrivant… Heureusement sinon j’aurais été démoralisé.
Au lieu de ça je me suis préparé à la suite. C’est-à-dire à recevoir la vie comme elle allait venir… En bon réaliste (voir l’article « Tirer le meilleur du pessimisme et de l’optimisme« ).
Au final, avec ma compagne, nous étions tous les deux présents pour notre fils en montrant le meilleur exemple de gestion émotionnelle possible… Et ça même après 380 km de VTT pour ma part !
Le but du tour d’humilité c’est ça :
S’assurer de bien redescendre pour continuer de répondre présent à chaque instant !
T’as gagné, t’as eu une promotion, tu as réussi un défi…
Retourne nettoyer les carreaux et laver les toilettes… Ou comme on dit dans le Zen :
« couper du bois et porter de l’eau ».
Il est essentiel pour moi de ne pas oublier ce qui m’a permis d’arriver là.
Dans le cas de cette expédition, c’était un effort constant et discipliné, pendant que ma compagne elle s’occupait de nos enfants.
Une fois arrivé, je dois à tout me prix me rappeler de cela et continuer de porter autant d’attention aux processus qui font la réussite de notre vie à chaque instant.
Un autre test essentiel après mes expéditions est de savoir si je suis capable d’emmener mes enfants à l’école à vélo le lundi matin.
Si ce n’est pas le cas, mon expédition n’a pas d’intérêt.
Tout ce que je fais, aussi différent et spécial que cela puisse être, n’a d’intérêt que si je peux le transférer dans mes actes du quotidien et transmettre cette énergie aux autres.
La base de l’exemplarité selon moi doit exister avant tout quand personne ne regarde. Autrement dit tout le temps.
Si vous voulez savoir, j’ai bien emmené mes enfants à l’école le lundi matin… Au final, c’est ça qui fait la vraie réussite du projet dans son ensemble !

Voilà, l’histoire de la première des 3 expéditions du Projet Argoat s’achève.
Les histoires représentent des leviers forts pour véhiculer des messages.
J’espère que cette histoire aura véhiculée au moins un peu d’inspiration…
Si j’aime autant raconter des histoires, avant de parler j’ai toujours à cœur de démontrer par les actes. Ce sont justement ces actes qui me permettent ensuite de donner forme aux histoires qui véhiculent mon message !
Si cette histoire vous a plu et inspiré, et que vous souhaitez me soutenir, vous pouvez toujours m’offrir un café en retour…
A très bientôt pour la suite de l’aventure…

5 commentaires sur « Le tour d’humilité… »