Au printemps dernier, j’ai ressenti un appel à me plonger au cœur de ma Bretagne natale. Est alors née l’idée d’une traversée de la contrée d’Est en Ouest en suivant la course du soleil…
Des Marches de Bretagne à la fin des terres !
Le périple semblait ardu et je ne pouvais l’imaginer autrement qu’avec des compagnons de route…
J’ai alors lancé un appel à mes amis assoiffés d’aventure de la presqu’île Guérandaise :

Le départ
Et c’est ainsi que nos chemins ont convergés le 9 juillet dernier… A Vitré, aux portes du royaume historique de Bretagne !

Après le départ au pied de la citadelle, les chemins semés d’embuches ont vite raison de nos chambres à air…
Pierre ouvre le grand bal des crevaisons, suivi rapidement de Simon et Sébastien.


Pour ma part, une bonne étoile semble épargner mes roues. Je n’en suis pas moins frustré de nos arrêts constants.
Malgré cela, l’ambiance de notre petite troupe est au beau fixe. L’esprit est positif et même carrément à la rigolade. N’ayant aucune envie de gâcher cette dynamique, je m’efforce de garder un calme stoïque.
Pour cela, je m’inspire de la mascotte imperturbable que mon fils m’a offert pour m’accompagner dans mon voyage… Souriant à toute épreuve !

Après une première pause bien méritée dans la cité de Saint Aubin du Cormier, nous plongeons dans la forêt du même nom pour un parcours dans les sous-bois.
L’âme de VTTiste de Simon est ravivée !





Comme si l’immersion dans la forêt nous éveillait, nous prenons un moment réflexif sous les arbres pour échanger sur nos visions respectives de la vie.
En émergeant de notre plongée végétale, nous sommes joyeusement accueillis par de chaleureux retraités pour une pause rafraichissante.

Une fois arrivés au village de Montreuil sur Ille, Pierre nous démontre ses talents d’orateurs en allant à la rencontre des seigneurs locaux.

A défaut d’obtenir de nouvelles chambres à air, il se fait généreusement offrir une burette d’huile qui va s’avérer précieuse pour la suite de notre parcours.
En fin de journée, nous faisons une dernière pause dans une taverne au bord du canal.
Après l’effort, les gorgés du brassage local ont un effet puissant sur nos organismes.

Guillerets, nous négligeons la fin du jour et n’anticipons pas notre lieu de bivouac. Nous posons finalement en hâte notre camp sur une colline avoisinante.
Exposés au vent et au froid de la nuit tombante, nous décidons de nous regrouper en créant un campement serré.



Le deuxième jour
Le lendemain matin, après avoir roulé quelques kilomètres et avant de bifurquer vers le sud, nous faisons une pause petit déjeuner dans la cité du livre : Bécherel.

Si notre petit groupe se porte plutôt bien, nos montures elles, sont plutôt malmenées.
La chaîne du vélo de Simon en vient même à rompre dans un chemin escarpé !

Heureusement, nous combinons nos talents pour entretenir les mécaniques et nous permettre de continuer notre avancée.

S’il est équipé d’une chaîne neuve, c’est sur les jantes que Simon arrive au village de Montauban de Bretagne… Son pneu est carrément à plat ! La pause est bienvenue.
Le moral remonté par une bonne galette de sarrasin, nous repartons avant que Simon ne crève de nouveau !!!
Malgré ces épreuves, l’équipe garde sa bonne humeur et aborde les épreuves avec calme, rationalité et rigolade.

Conflits de principes
Après 2 jours de sudation, nous arrivons enfin sur le premier point d’eau digne de ce nom :
Le lac de Trémelin.
Nous arrivons également sur notre premier vrai désaccord…
Pierre veut s’arrêter sur la belle plage du lac.
Problème pour moi : Elle est bondée de monde !
Si Pierre ne se laisse pas perturber par la masse des gens, a l’inverse, c’est un facteur rédhibitoire pour moi.
En bon Breton borné, je tiens ma position sans aucune souplesse d’esprit. Nous allons sur la rive d’en face, j’en ai décidé ainsi !
Pierre lui est souple et accepte de se tremper au milieu des algues et des écrevisses.
Je tente de le détendre en lui balançant de la vase, mais la vision de la plage de l’autre côté du lac semble le laisser déçu.

Pourquoi j’ai été inflexible… ?
En règle générale, j’aime être souple et flexible.
Pourtant ici j’ai été aussi rigide qu’un morceau de bois. Pourquoi ?
Parce que je ne supporte pas d’aller là où tout le monde va !
En faisant comme tout le monde, j’ai la sensation de perdre mon individualité. Noyé dans la masse, je me sens même dépossédé de mon pouvoir créatif… J’en deviens aussi lambda qu’un superman exposé à la cryptonite.
A l’inverse, en cherchant constamment l’espace libre, j’ai non seulement la sensation d’être créateur de ma destinée, mais également d’apporter ma contribution en ouvrant de nouvelles voies…
C’est notamment ce qui me permet de créer des projets uniques !
L’équipe se réduit
Après la baignade, Simon nous quitte pour rejoindre les siens… Ou presque…
On apprendra une heure plus tard qu’il a raté son train et doit faire une dernière nuit de bivouac dans la forêt urbaine de Rennes !
C’est donc à trois que nous continuons notre périple.
Nous descendons ensuite dans le vallon La Chambre au Loup !
Pierre, en traileur amoureux de pistes escarpées, retrouve son enthousiasme.
Il entraîne notre trio dans son rythme enjoué.
A l’opposé Sébastien reste discret. Et pour cause, il tente de se débarrasser d’une angine qui traine et le vide d’énergie.
Il est dans le dur mais il ne bronche pas. Justement adepte de la rudesse mentale, il ne s’accroche pas aux doutes concernant ses capacités et se focalise à la place sur l’effort à produire à chaque instant.

Nos efforts justement se trouvent récompensés par l’émergence dans un petit village en fête. Si la localité compte à peine 500 âmes, elle est découpée en deux bars concurrents de part et d’autre de la rue principale. Leur compétition pour produire la meilleure ambiance possible n’est pas pour nous déplaire.

Après cette joyeuse pause, nous plongeons vers la forêt de Brocéliande pour notre deuxième nuit.
Mieux anticipé, notre campement a clairement progressé. A l’orée de la forêt, il est centré autour d’une petite clairière. L’endroit est autant idéal pour Pierre qui dort au sol que pour Seb et moi qui nous accrochons aux arbres.



Le troisième jour
La matinée commence directement par quelques crevaisons.
Je crève enfin. Curieusement ça me détend. Je savais que je n’étais pas mieux monté que les autres mais la preuve par la crevaison me ramène concrètement à une place d’humilité que j’apprécie.
Nous réparons les avarices en hâte pour nous plonger dans la forêt légendaire.
Le parcours longe un ruisseau avant de passer sur les crêtes !


Après une belle dose d’immersion en pleine nature, je laisse Pierre nous guider vers une pause régénérante à Ploërmel. Ce dernier est attaché à un mode de vie sain et ses choix en termes d’alimentation nous font le plus grand bien.
L’après-midi, nous pédalons le long de l’Oust avant d’arriver dans la place forte de Josselin tel trois mousquetaires ayant vaincu la chaleur plombante.



Notre seuil de déclenchement hédonique est très bas… Autrement dit, nous nous satisfaisons des choses les plus simples. Une magnifique glace artisanale nous rafraîchit parfaitement tout en libérant nos stocks de dopamine pour notre plus grand plaisir.


Aidé par la réflexion de Pierre, je comprends que la souffrance et le plaisir sont deux faces d’une même pièce tout comme celle du confort et de l’inconfort. L’un ne va pas sans l’autre.
La satisfaction augmente à mesure que la gratification est différée.
Pour que la bière du soir puisse de nouveau déclencher un haut niveau de satisfaction, il nous faut alors continuer de nombreux kilomètres le long du canal.
Nous arrivons enfin à Rohan pour notre récompense du soir.
Malheureusement, Pierre ne le vit pas si bien… Il a une poussière dans l’œil qui le démange !
L’ordre des piliers de comptoirs se réunit. Animé par « Riton » gavé d’hydromel et de jus de vigne fermenté, Pierre reçoit de vifs conseils sur le protocole à tenir.
Une scène improbable voit notre dentiste Guérandais confronté à un druide guérisseur dans une transe alcoolisée.



Pierre fini par récupérer son œil.
Est-ce grâce à la rationalité cartésienne propre à l’école de médecine ou aux pouvoirs de notre guérisseur titubant… ?
Je m’abstiendrais de tirer des conclusions hâtives et préfère vous laisser choisir votre version.
Toujours est-il que l’équipe ragaillardie par cette pause improbable se dirige vers un bivouac au bord du canal.
Seb et moi jouissons d’une douche dans un caniveau (encore une fois, notre seuil de déclenchement hédonique est au minimum et un rien nous rend heureux).

C’est la dernière soirée pour Pierre.

Simon et Pierre, nous ont permis de lancer l’aventure de la meilleure des manières.
Le lendemain nous ne serons plus que deux avec Seb pour poursuivre notre aventure et nous plonger au cœur de la Bretagne.
La terre du milieu nous attend pour nous révéler ses trésors cachés !
La suite dans le prochain épisode…

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