Au matin du 3ème jour, je me suis donné une petite mission :
Je vais aller jusque chez celui qui fût mon maître d’apprentissage en charpente. Il vit dans un hameau proche du GR et je suis curieux de voir comment il a évolué en 10 ans.
Mais juste avant, cette même curiosité me pousse en chemin à aller découvrir les entrées de mines à ciel ouvert qui percent la colline en face du hameau et dont j’ignorais jusqu’ici l’existence.



Vers 8h j’arrive enfin chez mon ancien patron charpentier.
C’est trop tôt, personne n’est réveillé.
Je ne veux pas déranger. Je me contente juste de contempler mes premières réalisations en bois que j’ai effectué sous la guidance de Fabrice il y a une décennie.

C’est drôle, 11 ans plus tôt j’avais rendez-vous ici à la même heure. J’étais alors un jeune apprenti charpentier. J’arrivais de Vannes avec ma voiture.
Aujourd’hui, je suis Coach Aventurier et j’arrive de Quimper avec mon vélo… Après avoir dormi dans la forêt d’à côté !
Comme la vie est fascinante.
Et si je vous disais que Fabrice était un des magiciens de mon voyage…
A une époque où je ne savais rien faire de mes mains, il m’a non seulement guidé dans le travail du bois, mais il m’a surtout aidé à ouvrir mon esprit figé…
C’est grâce à lui que j’ai compris que je pouvais tout apprendre… Et devenir tout ce que je voulais !
Je n’ai pas eu la présence d’esprit de lui laisser un mot our lui faire part de mon passage dans son hameau…
Tant pis, j’avance.
Je remonte sur les dernières crêtes des landes de Lanvaux avant de plonger vers le village pittoresque de Rochefort en Terre.

Lorsque j’arrive sur la place du puit, je suis charmé par la beauté du site quasi désert. J’ai envie de m’en imprégner. Je me prends alors un café (que je suis heureux de payer) pour profiter de l’endroit magique.

En repartant le long de la crête des moulins je suis dans un puissant état émotionnel. La caféine absorbée dans un état de contemplation se mélange avec la libération d’endorphines associée aux efforts longs. Je plane.



Je ne suis pas pour autant un junky. A l’inverse, j’ai l’impression d’avoir trouvé de nouvelles clés pour maîtriser mes états émotionnels.
Je ressens la vérité des propos de Tony Robbins qui maintient que nous pouvons faire le choix de vivre dans un bel état émotionnel (« live in a beautiful state »).
Les points se relient et j’ai l’impression de comprendre comment optimiser mon expérience de vie… Mon existence !
Je comprends que nous avons trois façons de faire l’expérience de la vie :
- Nos perceptions sensorielles
- Nos pensées
- Nos émotions
Ces trois pôles sont en interactions. Notre perception du monde est interprétée par nos pensées… Nos pensées génèrent des émotions… Nos émotions nous mettent en mouvement…
(Emotions/Emouvoir du latin Emovere : Déplacer)
Mais il y a une quatrième dimension…
Celle qui nous permet de savoir qu’on perçoit, qu’on ressent et qu’on pense :
La conscience !
En éveillant l’observateur, on peut prendre conscience de nos mécanismes de pensées (de nos histoires et autres interprétations de la réalité), de nos émotions et des liens conditions entre perceptions, pensées et émotions.

En choisissant de nous focaliser sur de nouvelles pensées et de nous raconter de nouvelles histoires, on peut totalement modifier notre expérience de vie.
Je choisi mon histoire, je choisi ma vie !
Allez un exemple concret :
J’ai décidé que j’étais « antifragile« , c’est à dire que chaque situation d’adversité me rend plus fort.
Résultat, j’accueille l’inconfort avec joie puisque cela représente pour moi une opportunité de devenir meilleur.
C’est juste une histoire… Mais elle m’évite d’être misérable à chaque coup du sort… C’est même carrément l’inverse !

Revenons à notre histoire…
J’arrive enfin à Redon. C’est la fin du GR mais pas la fin de mon parcours.
Il me reste maintenant 54 km pour rentrer chez moi :
Le fameux tour d’humilité… (une autre histoire qui me met dans une dynamique positive…)
Le même parcours qu’à effectué Seb un mois plus tôt en rentrant du GR37.
C’est à mon tour maintenant.
J’ai envie de choisir une histoire qui va faire plus que de mettre en mouvement…
Une histoire pour me mettre le feu aux fesses !
Seb a effectué les 54 km en 2h40.
Je vais passer sous les 2h30 ! Pour cela, il faut que je tienne une moyenne de plus de 21 km/h (Rappelez-vous, je ne suis pas en vélo de route mais en VTT mono plateau avec un chargement en plus…).
Pour cela, je change de discipline.
Je mets mon téléphone en mode GPS. Fini le tourisme. Là c’est tout pour la perf !
Je pose le cerveau et je mets le nez dans le guidon, c’est parti.
Mon instinct de sportif compétiteur remonte et me fait avancer… Vite !
Vers la fin de parcours, je fais route avec un VTTiste qui est sorti à la journée.
On échange. Il me dit fièrement qu’il est train de terminer sa sortie de plus de 70 km.
Il me demande combien j’en ai fait…
« J’arrive aux 340 km ! »
J’ai l’impression qu’il se sent d’un coup diminué en se traitant de « petit joueur à côté ».
Je le rassure en lui disant qu’il y a encore quelques années de cela je me serais senti incapable de faire ce qu’i faisait.
Je lui propose ma version de l’histoire :
Ce n’est pas ce que l’on fait qui compte vraiment, mais le niveau de difficulté.
Chacun son niveau.
La vraie question pour moi est « où je me situe par rapport à mes limites ? »
Quelqu’un peut être dans sa zone de confort à 350 km quand un autre peut se dépasser à 70 km.
L’important n’est pas le chiffre mais le dépassement !

En me dépassant justement j’arrive enfin dans mon village… Après 2h25 !
J’ai à la fois l’impression d’être parti 3 jours et celle d’être parti 3 mois au début du projet…
Je savoure gentiment la victoire sans monter dans l’euphorie.
J’entrevoie déjà la marche du niveau supérieur qui m’appelle.
Ma vie est un mouvement perpétuel…
Hors de question de la figer, je suis trop heureux dans le flow de l’action.



Le mot de la fin…
Pendant les derniers kilomètres, le nez dans le guidon, je suis redevenu un sportif.
J’ai adoré les sensations physiques.
J’ai aussi compris pourquoi je ne fonçais plus nez dans le guidon.
A aucun moment je savais où je me situais !
Et ce que j’aime autant que d’être en mouvement c’est d’être capable de m’orienter…
Comprendre où je suis, savoir où je vais…
Et apprécier le chemin à chaque instant !

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