50 km sur le GR34… De nuit !

Mon grand projet de l’année est de traverser l’île de Skye (au Nord-Ouest de l’Ecosse) cet été en courant. Un sentier de randonnée traverse l’île du sud au nord sur plus de 120 km. Je compte profiter de nos premières vacances en famille à l’étranger pour me lancer un nouveau défi hors de ma zone de confort…

Concernant ma zone de confort justement, la limite courue à ce jour se situe à 44 km (en Avril 2021). Rassurez-vous, l’inconfort commence bien avant. Dès la barre des 30 km de course pour moi… Toujours est-il que pour parcourir 3 à 4 fois cette distance, j’ai réellement besoin de progresser !

En Avril je projette donc de courir mon premier Ultra-Trail : une boucle de plus de 80 km sur les bords de Vilaine. La marche est encore très haute par rapport à mon niveau actuel et j’ai besoin d’une étape intermédiaire.

Je me programme donc un itinéraire de 50 km sur le GR34 au départ de St Nazaire… Pour rentrer à la maison à La Turballe. Je compte profiter de cette sortie pour m’entraîner à courir de nuit, seul et en autonomie. On ne sait jamais, j’aurais peut-être besoin de ces compétences plus tard… 

D’après les coureurs expérimentés courir 50 km en préparation du 80 peut paraître trop important. Ça l’est surement si on considère la seule dimension physique. Malgré cela, ma méthode d’entraînement est la même que celle que j’utilise en coaching : Je n’entraîne pas des corps mais des individus, avec un mental et des émotions. Mentalement et émotionnellement justement, j’ai besoin de me prouver que je suis capable de recourir sur des distances supérieures au marathon. J’ai même carrément envie de gagner une petite victoire en battant mon record personnel !

C’est ainsi que je me retrouve sur la place du commando au bout du front de mer de St Nazaire, un vendredi soir de février. Avec Charlotte et les enfants, on a profité de l’après-midi pour aller se balader du côté de St Brevin de l’autre côté de l’embouchure de la Loire.

Aujourd’hui… Pas encore dans la gueule du loup, mais déjà dans celle du serpent…

Cet endroit me rappelle notre arrivée en kayak avec Damien et Fred en juin 2020, après la longue et difficile première étape du projet Porteurs d’Arbre. Nous étions passé devant la sculpture du serpent d’océan en repartant en vélo le lendemain…

 Souvenirs du projet Porteurs d’Arbre en Juin 2020…

Aujourd’hui en famille, la grisaille ne nous a pas empêché de passer un super moment à jouer sur la plage en face de la dernière des oeuvres de la Loire. Par derrière la sculpture et à travers la brume, on a entrevu le début de la côte d’amour sur laquelle j’allais me lancer une heure plus tard.

Les enfants sont maintenant affairés sur les structure de jeu de la plage de St Nazaire. Pour ma part, je me détache et commence à rentrer dans ma bulle. Le soleil se couche maintenant dans 10 minutes et je décide d’aller enfin me changer à la voiture. A ce moment-là un crachin se met à tomber du ciel. Les conditions me préparent déjà à l’Ecosse ! 

18h33…

D’après ma montre, le soleil est couché. Symboliquement, j’avais envie de partir juste après. N’ayant plus aperçu la boule de feu depuis un moment, je fais confiance au chiffre sur mon écran. Je fais un dernier bisou à ma femme et mes enfants et me lance dans une allure de course relâchée sur le front de mer. 

Départ partagé avec mes enfants chéris.

Je croise quelques joggeurs du vendredi soir. Je pourrais presque me faire passer pour l’un d’eux… Je me demande pour autant qui d’autre s’inflige un 50km de nuit en solo juste voir ce que ça fait ? Pour ne pas me démoraliser, je tente de ne pas porter trop d’attention à l’ampleur de la tâche qui m’attend et je me focalise à la place sur mes sensations. A ce propos, je me sens hyper lourd. Je transporte plus de 3 litres d’eau, de la nourriture et des vêtements de rechange. Le sac pèse sur mes épaules et j’ai l’impression d’être cloué au remblai. Je me dis qu’en buvant l’eau, j’aurais au moins l’avantage de m’alléger au fur et à mesure !

L’eau justement… Elle a un sale goût ! J’ai testé tout mon équipement en amont à une exception : les pastilles d’électrolytes que j’ai mis dans mon camel back. Je viens de les avoir et n’ai pas eu l’occasion de les essayer avant. Nouvelle erreur de débutant. 50 km abreuvé à ce jus risquent de me paraître très longs…

Passé la ville, la luminosité baisse. Je m’engage sur le sentier côtier. Les derniers promeneurs ont déserté les lieux à l’exception d’une ou deux personnes qui finissent de promener leur chien. La côte est de plus en sombre hormis quelques phares et balises qui l’éclairent et sécurisent les navigateurs. De l’autre côté de l’embouchure, j’aperçois les lumières de la côte de Jade qui parsèment l’horizon. 

La nuit tombe sur la côte.

Lorsque j’arrive à la plage de Monsieur Hulot ou Jacques Tati a tourner son fameux film, quelques personnes bravent le crachin le temps d’observer les cartes pour faire le choix de leur futur restaurant… Et de leur abri pour la soirée. Pour ma part, je me paye un autre luxe, celui de voyager avec mes jambes en mangeant des noix de cajou !

J’ai aussi le luxe d’avoir beaucoup de souvenirs forts dans les endroits que je traverse ce soir. Je repense notament à la préparation du Bay 2 Bay qui nous avait vu partir de cette plage avec François et Damien pour emmener le bâton en kayak jusqu’à l’île des Evens, accompagné par Studio Elements en mai 2021.

Préparation de Bay 2 Bay en mai 2021.

Je longe le même itinéraire mais sur le sentier côtier cette fois. Alors que j’approche des 15 km de course, je ne me sens pas bien du tout. La boisson ne passe pas. Elle est carrément en train de me rendre malade. Arrivé à Pornichet, je décide de renoncer à mon principe d’ « autonomie totale » et d’aller faire changer mon eau dans un restaurant. Je rentre dans l’établissement classe du Nina à la plage. Alors que les gens me regardent, je prends conscience que je suis le seul coureur à barbe, trempé de sueur dans la salle. Disons que je détonne un peu avec l’ambiance huppée des lieux ! Pour autant, l’équipe est très accueillante et semble fascinée par l’énergumène qui prétend longer la côte en courant de nuit sur 50 km. Ils sont heureux de m’aider et je repars avec une poche d’eau fraîche. Dès les premières foulées sur la plage, je revis en buvant de la vraie eau. Certes elle contient moins de sels minéraux mais au moins je me donne une chance d’arriver au bout avec un estomac qui tient la route.

La baie est illuminée par les éclairages des habitations. J’en profite pour éteindre ma lampe frontale et évoluer furtivement sur le sable durci par la marée descendante.

Baie de La Baule by night.

En courant, je me remémore mon arrivée à la nage sur cette même plage à l’occasion du Bay 2 Bay en juin 2021. Le temps est presque le même. A l’époque, Damien mon coéquipier de Porteurs d’Arbre avait bravé la pluie avec sa famille pour nous apporter à François et moi le deuxième bâton de l’aventure. Charlotte et les enfants étaient là aussi !

Arrivée à la nage sur la plage de La Baule en Juin 2021 lors du projet Bay 2 Bay (un gars en short/t-shirt sous la pluie, c’est forcement un pote à moi !).

Après avoir traversé la baie, en courant de nuit cette fois, j’arrive au port du Pouliguen. L’endroit est très calme. C’est l’opposé total du 15 juillet 2018 lorsque j’y étais venu avec mon fils. Ma fille qui avait seulement 2 jours était encore à la maternité avec sa maman. Avec Robin qui avait deux ans, on était venu se promener pour tester son petit vélo sur le port après la finale gagnée par les Bleus. Les gens se jetaient littéralement à l’eau. Aujourd’hui, personne à l’eau. Personne non plus dehors… A l’exception d’un coureur qui a encore de nombreux kilomètres devant lui…

Passé le port, je gagne la plage du Nau, pour longer la dernière portion accessible de la Baie à marée basse. Je me faufile le long des immenses demeures qui se dressent fièrement en résistantes de l’histoire. C’est une des rares parties de l’anse qui a échappé à la bétonisation de cette partie du littoral dans les années 70.

Je me dirige ensuite vers la pointe de Pen Château qui débouche sur la côte sauvage. Passé la plage de la Govelle, j’ai presque atteint les 30 km de course. Mes jambes sont lourdes. Cette portion du sentier est un peu plus rocailleuse et je dois rester vigilant. C’est un bon entraînement. Le chemin débouche enfin sur le petit port St Michel, le même qui nous avait vu rapatriés par la SNSM lors de la deuxième étape de Porteurs d’Arbre. A l’époque j’avais douté du sens de notre aventure après avoir été assisté par un engin motorisé. 

Depuis j’ai compris que les doutes devaient être balayés le plus vite possible. La lourdeur de mes jambes se mêle à un état de torpeur. Pas de place pour le doute, je laisse le grand menhir dans mon sillage et j’avance.

A l’entrée des marais salants, j’enfile mon gilet jaune. Il me reste maintenant 15 km à frapper le bitume. Pour un trailer néophyte avec 35 km dans les jambes, une ligne droite d’asphalte peut faire office de punition. Pour moi en tout cas ça devient dur. J’évite de penser aux 82 km que je prépare. Je préfère penser aux 44 km de record perso que je vais faire tomber. Sinon je porte juste mon point de focalisation sur le prochain panneau… Et ainsi de suite.

Arrivé à La Turballe, il me reste 5 km pour atteindre mon village. Pour rester motivé, je décide d’emprunter la route qui me voit tous les jours emmener les enfants à l’école en vélo. Je me dis que ça va être intéressant de l’expérimenter en courant avec 45 km dans les jambes. J’aime les occasions de porter un regard différent sur les choses.

J’arrive enfin à la maison. Alors que certains encaissent les boissons qu’ils ont descendu au bar, j’encaisse de mon côté les petites victoires :

  • Il est une heure et demi du mat et j’ai rentré la clé dans la serrure du premier coup !
  • Je viens de courir pour la première fois 50 km… De nuit !!!

Malgré la sensation de difficulté, je suis satisfait dans l’ensemble. Certains aspects sont encourageant et j’ai aussi mis en lumière de nombreux points à améliorer…

Enfin ce qui me plait le plus est le fort sentiment d’enthousiasme qui m’habite à l’idée de poursuivre le chemin !

A très bientôt pour la suite…

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