En cette fin février, le vent de Nord venu des terres balaye la côte de son souffle froid.
Ce matin, le souffle est humide, le ressenti est inconfortable.
Pourtant j’ai décidé d’aller me baigner. Mieux même, de nager !
L’autre jour j’ai nagé 3 minutes dans l’eau à moins de 10°. Je veux voir si je peux en tenir 5…
Je cherche la confrontation à l’adversité. Après viendra la satisfaction profonde d’avoir réalisé quelque chose de difficile pour moi. De m’être dépassé. D’avoir évolué.
Si j’ai appris à aimer le froid, je sais que n’échapperai pas à l’inconfort pour autant. C’est justement ce que je recherche. Je ne suis plus en quête des plaisirs faciles depuis bien longtemps… Trop facile, pas drôle. La gratification instantanée n’a plus vraiment d’effet sur mes mécanismes de la récompense. Par anticipation, je connais sa durée de vie limitée et le danger de s’y attacher. Je ne suis pas un hédoniste. Pour moi le bonheur ne se trouve pas dans la recherche de toujours plus de confort. Je préfère apprendre à trouver le confort n’importe où. Et surtout dans l’inconfort…
Après avoir garé mon vélo sur le parking, je descends sur la plage.
Je commence par enfiler les deux bonnets de bains qui me permettront de garder la tête immergée. Ensuite j’enlève mes vêtements. Dessous, je suis déjà en maillot. Inutile d’ajouter de la friction avec un changement de plus.
Le vent humide est saisissant. Pour m’en abriter, il ne me reste plus que l’océan. Pas de retour en arrière, le seuil est franchi, il faut avancer.
L’océan est là, il m’appelle. La rencontre ne sera pas plaisante. Néanmoins elle promet d’être forte…
Pour ce qui est des expériences fortes et enrichissantes justement, nul besoin d’aller loin. En apprenant à regarder, la vie nous offre ce dont nous avons toujours besoin ici et maintenant. Je le sais, je suis un optimisateur de ressources. L’eau froide est à notre porte. Cela parait peut-être trop évident. Trop gratuit. Un stage loin avec un gourou du froid contient certainement plus de promesses. Pourtant l’expérience forte est là aussi. Elle a toujours été là.
Je pose mon vélo sur le parking. Un affichage met en garde contre les physalies (aussi appelées Vessies de mer ou Galères Portugaises), ces sortes de méduses aux tentacules très urticantes de plusieurs dizaines de mètres. Leur contact peut générer la paralysie. Le contact de l’affiche lui, peut générer la peur. Pour ma part, je pense que ça fait un moment que les bestioles sont parties. Les vents de terre les ont repoussées. Aujourd’hui, le vent crée une nouvelle barrière naturelle contre les invasions venues du large.
Un fois dans l’eau, je nage en tentant de garder le contrôle de ma respiration. Mes lunettes sont mal mises et l’eau s’infiltre au contact de mon œil droit. J’essaye tant bien que mal de rétablir l’avarie. Le corps s’adapte progressivement au froid à l’exception de mes extrémités qui deviennent glacées. Je contourne un bloc rocheux puis repars dans l’autre sens. Pile 5 minutes plus tard, je suis revenu à mon point de départ.
Je sors de l’eau et vais m’habiller rapidement. Mes doigts sont gelés. Je ne peux pas repartir en vélo dans ces conditions. Alors je cours sur la plage pour me réchauffer. La méthode est rudimentaire presque trop simple. Des mouvements de Pranayama ou de Toumo Yoga donneraient un aspect plus tendance à l’activation du feu intérieur. Malgré cela une bonne vieille course sur la plage fait aussi bien le travail. Enfin réchauffé, je peux repartir sur mon vélo.
Ça y est j’ai retiré mes gants, je suis maintenant sous le souffle d’air chaud du sas de la boulangerie. J’adore optimiser les ressources. Je capte la source de chaleur comme un reptile. Ou simplement comme un optimisateur de ressources Je repars du magasin en emportant de nouvelles calories : celles de la farine de blé panifiée. Le pain quoi.
Pourquoi faire compliqué quand on peut faire simple ?
Un vélo dans un garage.
Un tour à la plage.
Un aller-retour à la nage…
Simple.
En février… Fort !
Rentrer à la maison avec une bonne baguette…
Simple.
Fort et simple !
