Un jour, mon fils m’a fait part de son souhait d’aller bivouaquer sur une petite île.
Jusqu’alors, son expérience du bivouac se résumait à quelques nuits en tente dans le jardin. Pour ma part, ayant de moins en moins de motivation à monter la tente sur notre pelouse, j’ai reçu son idée comme une opportunité de vivre une nouvelle expérience… Une opportunité de nous aventurer hors de notre camp de base.
Dans notre région de Bretagne sud, le paradis des îles se trouve à moins d’une heure de route de la maison : Le Golfe du Morbihan !
(Précisément à une nuit de marche de chez moi ! Voir l’article Marcher au clair de lune sur 70 km…)
Malheureusement la plupart des îles du Golfe sont privées et nous sommes encore très loin d’avoir le « Allemansrätten » en France (le droit fondamental d’accès à la nature dans les pays nordiques).
Pour nous ça sera donc seulement l’espace dit « public ». Deux îles du Golfe sont publics : l’Île d’Arz et de l’Île aux Moines. Ce sont même des communes. Cependant leur taille les exclut de notre projet de « bivouac sur une petite île ».
Après mes recherches sur internet, j’apprends qu’une autre île, plus petite est également public : « La Petite Logoden ». Elle appartient à la commune d’Arradon et le bivouac y est toléré.
C’est donc là que nous allons !

Chargés de plusieurs sacs, nous embarquons depuis le sentier côtier dans le petit kayak une place prêté par mon voisin Christophe.
Une fois sur l’eau, Robin quitte le monde imaginaire des super-héros (qu’il a vu en dessins animés le matin même) pour se prendre de fascination pour le monde qui l’entoure. Le passage au-dessus des parcs à huîtres et des champs de goémons, la traversée des bateaux au mouillage et du chenal, puis l’arrivée sur la plage de notre petite île et terre d’accueil !
Juste après avoir accosté, nous nous mettons à la recherche de notre zone de campement sur le rocher. Mon dévolu s’arrête sur le point haut de l’île, un espace dégagé avec une magnifique vue sur la « petite mer ». Ensemble nous montons la tente et y entreposons nos affaires.

Nous ne sommes pas les premiers à venir ici. Le site semble d’ailleurs être un lieu assez fréquenté. Malheureusement, le concept du « leave no trace » (littéralement « ne pas laisser de traces ») n’est pas encore intégré dans notre culture. Des campeurs y ont laissé quelques déchets. Pas étonnant que l’accès à la nature nous soit restreint.
Après avoir établi notre campement, nous reprenons le kayak pour profiter de la fin d’après-midi sur le Golfe. Nous faisons le tour de la grande sœur de notre île, logiquement nommée « la Grande Logoden ». Puis nous revenons à notre île pour l’explorer, en long, en large et en travers.
Au menu ce soir c’est pâtes bouillies sur le réchaud. La cartouche de gaz en place dans l’outil arrive en bout d’expiration avant que l’eau ne soit chaude. Je le savais et j’en ai emmené une de rechange. Je lutte un moment sans parvenir à l’insérer. Un primate aurait surement compris plus vite que moi qu’elle n’était pas de la bonne taille. Si je mets parfois du temps à comprendre les choses, je compense la faiblesse par une bonne capacité d’adaptation. Je décide prudemment d’allumer un feu dans le foyer laissé par les campeurs précédents et d’y cuire mon plat à même la flamme. Je n’avais pas prévu de faire de feu, mais je ne regrette pas. Au contraire, je me sens encore plus connecté à la nature et aux éléments.
En parlant d’éléments justement, Robin qui est plutôt craintif avec le milieu aquatique est chaud pour une baignade. Il ne faut pas me le dire deux fois. Les pâtes vont attendre dans la casserole pendant que nous allons nous rafraîchir avant le diner. Le moment est magique.
Après le repas, nous alternons quelques jeux de société avec de nouvelles explorations de l’île en grimpant dans les arbres et en faisant le tour par les rochers.
La valse des bateaux à moteur s’est calmée et le baie semble retrouver son état naturel. Une fois le soleil couché, Robin s’endort paisiblement dans la tente.

Pour ma part, j’ai plus de mal à trouver le sommeil. Une fête bat son plein sur la rive d’en face et le vent porte la musique poussée à fond jusque dans la tente. Il faut croire que les quelques coups de pagaye qui nous ont décroché du continent, ne nous ont pas éloignés assez de la civilisation pour avoir droit au calme paisible du milieu naturel. C’est curieux comme l’humain aime s’étendre pour s’imposer partout il se trouve, et même un peu loin. Le son n’a malheureusement pas de mur ici et je fais les frais de cette pollution jusque sur notre petite île. Je recentre mon attention sur ce qui va bien : mon fils est heureux d’être là avec moi et il dort profondément. C’est l’essentiel !
Au petit matin, je me réveille avant le soleil. C’est mon moment préféré. C’est le moment où les fêtes se sont éteintes. Celui où la nature reprend ses droits. Un moment paisible réservé aux rares humains qui ont envie de communier avec le silence.
Je rallume le feu pour faire chauffer l’eau et me faire couler un petit café. Puis, après avoir contemplé le plan d’eau dans un de ses moments les plus calmes, je m’y jette pour une petite baignade. L’allée retour sur l’île d’en face me revigore.

Peu de temps après, mon fils se réveille et je lui fais couler un petit chocolat chaud.
Je m’émerveille devant la simplicité du moment et la puissance de cette même simplicité. Un bout de terre pour nous héberger, un plan d’eau pour nous baigner, un petit feu pour cuisiner et un moment complice entre père et fils. C’est peu et en même temps c’est tout.
Nous finissons par remballer le matériel pour repartir délicatement. Nous emportons juste avec nous de précieux souvenirs et le feu de joie d’un moment vécu proche de l’essentiel !
