Avant notre grand départ pour le Chili en Juillet prochain, et en ce dernier printemps breton (avant un moment), j’ai comme une envie de boucler des boucles.
Depuis que je parcours les chemins creux de l’arrière pays Vannetais (plus particulièrement entre Saint-Avé et Treffléan), j’ai trouvé que les meilleurs portions étaient toutes marquées par le balisage du GR Pays de Vannes…

Il fallait donc que je boucle je ce GR un jour !!!
Mon Coéquipier…
Je propose le projet à mon pote Seb avec qui j’avais partagé le GR37 à VTT lors du Projet Argoat en 2022… qui nous avait d’ailleurs valu un bel article dans Carnet d’aventures !


Pour lui, c’est l’opportunité idéale de se remettre en selle après des mois de convalescence suite à une opération du dos (bon ok peut être pas idéale idéale…).
Le départ
Après un bon café chez ma mère à Saint-Avé, on prend la route (ou plutôt les chemins en direction du soleil levant).

Le parcours est très plaisant.
En passant à Treffléan : « obligé de m’arrêter chez mon père pour un deuxième café ! »
Seule chose qui m’inquiète : on a mis 2h30 pour faire Saint-Avé – Treffléan alors que les commune sont à côté. Combien de temps va-t-on mettre pour faire la boucle de 200 km ?!


Premières difficultés
Arrivés dans l’Est Morbihannais, Seb qui n’a pas fait de sport depuis des mois commence à accuser le coup. Il crampe de partout et semble au bout du rouleau. Je ne vois pas comment il peut aller au bout cette fois. Je commence à envisager des portes de sortie pour lui.
Mais Seb est un dur au mal et je sais qu’il ne lâchera pas le morceau aussi facilement. Alors on fixe des objectifs court, un village après l’autre…
Et puis, la perspective d’un delicieux Kouin-Aman nous porte finalement jusqu’à Rochefort-en-Terre.

Energisés par ce remontant, on part maintenant en direction de l’Ouest et du soleil couchant. Le parcours m’est familier puisque cette portion est partagée avec le GR38 que j’ai également parcouru dans l’autre sens en 2022.

L’épreuve de Force
Depuis 2022, j’ai changé de format. Je pratique désormais l’ultra endurance. Plus de bivouac, le plan est de faire le parcours d’une traite.
Une nuit sans lune de plus 10h s’étend maintenant devant nous.
Les premiers kilomètres de nuit avec les phares sont très plaisant.
Et puis on commence à se perdre, à fatiguer… Jusqu’à ce que le phare de Seb s’éteigne vers 1h du matin.
On est à quelques minutes de franchir la moitié du parcours, et j’aimerais que la barre symbolique soit passée avant de nous faire une petite sieste dans la forêt.
Je dis à Seb qu’on s’occupera de charger son phare à la pause, mais, par manque de lucidité, il s’entête à le démonter. Il perd alors les deux boulons dans l’herbe haute. Ça le met en rage contre lui même. Je ne l’ai jamais vu comme ça. Je rigole intérieurement mais j’attendrai un peu pour en rire ouvertement avec lui.
J’adore l’ultra endurance pour ça : Ça nous pousse dans nos retranchement. Avec la fatigue, on a les capacités cognitives d’un enfant de 6 ans. Il faut alors penser très simplement et « étape par étape ». La prochaine étape justement c’est une sieste dans nos duvets, à même le sol.
On s’est donné une plage de 2h. On tombe tout les deux comme des mouches. En revanche, à la différence de Seb qui à un super duvet, le mien est pourrit et je me réveille transit de froid au bout de 30 minutes. J’ai eu la bonne idée d’emprunter presque tout le matériel à mon beau-père Peter (qui est toujours super bien équipé)… mais je n’ai pas pensé à emprunter son duvet !
Après avoir laissé Seb récupérer, on repars vers 3H30 du matin.
Les dernières heures de la nuit sont froides, longues et difficiles.
Le matin
On est dans le dur tous les deux. La seule chose qui nous fait avancer est la perspective d’un café croissant au lever de soleil.
Ça sera finalement 3 cafés pour moi et une bière pour Seb !

J’aime les contrastes. L’inconfort d’une nuit froide passée dehors donne tellement de saveur à la chaleur du petit matin.
Pour continuer de surfer sur cette vague de dopamine, j’ai très envie d’un nouveau petit café chez l’habitant.
Alors qu’on traverse un magnifique hameaux, j’aperçois au loin une famille prenant le petit déjeuner au soleil en terrasse. On croirait presque qu’il tournent une nouvelle version d’une publicité Ricoré. Je tente plusieurs fois de les interpeller du fond de leur propriété. J’ai très envie de partager le moment avec eux sur leur terrasse. La femme fini par m’entendre et accepte de m’ouvrir…
Quelle n’est pas ma surprise de découvrir que je suis en fait chez des amis de mes parents que je connais très bien !
Le moment est juste parfait !!!

Boucler la Boucle
Ils nous reste maintenant peu de kilomètres pour finir.
On est sur des chemins que je connais bien et que j’adore. J’en profite pour emmener Seb sur un de mes spots favoris pour une petite baignade revigorante.

Et puis après être parti depuis 28h, on est finalement de retour à St-Avé.
En un peu plus d’une journée, avec Seb on a vécu un condensé de voyage, aussi bien extérieur qu’intérieur. On est carément passé par tous les états.
J’avoue que par moment j’ai cru qu’il n’irait pas au bout.
J’avoue aussi que j’ai plusieurs fois envisagé de continuer sans.
J’avoue enfin que je n’y serais pas arrivé seul.
J’avais ce bon vieux dicton dans la tête : « Seul on va plus vite mais ensemble on va plus loin. » Au début j’avais juste envie d’aller plus vite, mais je reconnais que je ne serais pas allé aussi loin en solo. Non pas que je me serais effondré, j’aurais fini par couper pour rentrer.
Voilà où j’en suis aujourd’hui : j’ai besoin des autres pour aller au bout… et c’est très bien comme ça !
Grâce à ce partage avec cet ami dont je valorise énormément la détermination et la ténacité, j’ai pu vivre un moment hors du commun.
Et puis au delà de ça et pour donner de la perspective à l’expérience, ça me fait penser à une autre citation de Chris Mc Candless dans into the Wild :
« Le bonheur n’est réel que lorsqu’il est partagé ».

