GR 39 jour 3 : Punition, récompense… Et redescente !

1 h du matin je suis réveillé par un hurlement dans la forêt…

Après avoir parcouru plus de 200 km de vélo sur des chemins escarpés et avoir dormi à peine 6h sur les deux derniers jours, le réveil par un animal hurlant au milieu de la forêt est un test intéressant.

A cette heure-là, isolé au milieu de nulle part et en pleine obscurité, le cerveau peut nous jouer des tours. Il s’emballe vite…

Si des tonnes de pensées me bombardent l’esprit à ce moment-là, mon entraînement m’a appris à ne pas céder à la panique.

Je respecte mon protocole à la lettre :

Je me détache de mes pensées en portant mon attention sur ma respiration pour la garder calme et profonde.

Puis je souris… C’est ce que je suis venu chercher pas vrai ?

Je sais que les loups sont revenus en Bretagne. Si je sais aussi qu’en théorie ils n’attaquent pas l’homme et que ce n’est probablement pas un loup, je ne peux m’empêcher de m’imaginer un animal agressif s’approchant de moi.

J’ai besoin de canaliser mon attention sur une action qui me donne du pouvoir.

Je saute de mon hamac et sort mon couteau.

J’attrape la première longue branche venue et je me mets à tailler une lance.

A ce moment-là je suis hyper heureux…

Toutes ces années à tailler des lances durant mon enfance me servent enfin vraiment à quelque chose… Si ce n’est juste à me rassurer.

En y repensant, je réalise que je fais cela avec le couteau que j’ai eu j’ai pour mes 10 ans et avec lequel j’ai taillé toutes mes armes en bois (oui je peux conserver longtemps les meilleurs objets !).

Mon couteau d’enfance…

Je connais donc le couteau par cœur, c’est une extension de ma main avec laquelle j’ai grandi. Deux lame rétractables, une scie et une lame bien pointue.

Très rapidement j’ai ma lance dont je durcie la pointe à la flamme de mon briquet.

De l’autre côté je taille un pommeau qui peut servir de gourdin. Ça j’ai appris à le faire pendant le premier confinement lorsque je me suis mis à fabriquer des armes de combat Irlandaises pour occuper le temps (quand je vous disais que je ne m’ennuyais jamais…).

En 10 minutes j’ai résumé tout l’apprentissage de 27 ans à tailler des bâtons. Je viens de construire une arme d’une éfficacité incontestable ! (Mon héros d’enfance serait fier de moi…)

J’en suis tellement fier que j’en oublie le hurlement et que je me rendors rapidement avec l’arme sagement posée sous mon hamac.

Ça reste une courte sieste car je suis de nouveau réveillé par le froid.

Une nouvelle fois, en boule, j’attends patiemment que le jour se lève.

Au premières lueurs je démonte mon campement aidé par la lumière de ma lampe frontale.

Comme un enfant de dix an l’aurait été, je suis ému de devoir laisser derrière mois ma super création en bois de la nuit…

J’abandonne ma création de la nuit pour poursuivre mon chemin…

Rapidement mon attention se porte vers l’avant et ma mission du jour :

Finir le job !

Pour commencer je me lance vers la vallée du Couesnon (la même rivière que le canal qui se jette dans la Baie du mont St Michel).

La Vallée du Couesnon…

Alors que je trouve enfin un endroit sympa près de l’eau, je décide de m’arrêter pour prendre mon petit déjeuner.

Petit dej’ au bord de la rivière…

En contemplant les masses d’eau qui s’écoulent abondamment, je remarque que la rivière présente un petit bras plus calme juste sous mes pieds.

C’est décidé, j’y vais !

Le pied !

Après deux jours de sudation, le bain dans la rivière est le luxe suprême.

Le manque de sommeil est vite dépassé grâce à une bonne baignade vivifiante en pleine forêt !

Je reprends ensuite mon chemin en pensant que je finirais parfaitement mon début de matinée en partageant un bon café avec des gens sympas…

Alors que je m’apprête à franchir un petit pont, je remarque une charmante petite maisonnette au bout du chemin qui longe le ruisseau. Voyant que la porte est ouverte, j’y vais.

Un havre de paix au bord du ruisseau…

En arrivant sur le pas de la porte, je surprends un couple de retraité en pyjama qui vient de se lever. Chanceux que je suis, ils sont très sympas et heureux de partager le petit déjeuner sur la terrasse avec moi. Pierrette fait couler une cafetière bien chaude et m’offre deux pains au chocolat !

Deuxième petit déjeuner avec Pierrette et Daniel !

Je passerai bien la matinée à discuter avec eux, mais maintenant que j’ai bouclé toutes mes missions du matin, j’ai vraiment un job à finir !

Alors que je sors de la vallée pour remonter vers le nord, deux chemins que je connais s’ouvrent à moi :

  • Le sentier des pèlerins sur lequel j’ai couru lors de ma traversée de la Bretagne en triathlon (Bay 2 Bay)… Très sympa et très direct.
  • Le GR39… Très costaud et qui fait une énorme boucle par La Pleine Fougère.

Connaissant déjà les deux, aucun ne m’offrira le carburant lié à l’inconnu et à l’exploration.

Je passe mes principes en revue pour effectuer mon choix…

L’engagement et l’honneur viennent ensuite.

Ces derniers jours, j’ai tellement saigné le GR39 en le coupant de part et d’autre, que je choisi finalement de lui rendre honneur en encaissant son dernier crochet dévastateur.

Le crochet vert à gauche c’est pour moi !

Pour ceux qui pensent que les sportifs sont un peu masos, dans ce cas je ne pourrais pas vous donner tort…

J’arrive au point de séparation entre le sentier des pèlerins et ce qui est nommé ici la boucle d’Organtine. En avril 2021 je l’avais parcouru et mesuré dans l’idée d’en faire la portion course du triathlon Bay 2 Bay… J’avais trouvé cela trop costaud…

La boucle d’Organtine ou le crochet dévastateur.

A ce point, je sais que j’en ai au moins pour 43 km/h de VVT intense !

Ça me rajoute au moins 2h et je ne sais combien de mètres de dénivelé.

Pour donner un sens à ma petite folie, j’ai envie de rebaptiser cette Boucle d’Organtine et de lui donner un nom spécial…

Un mélange de punition et de finisher :

« Le Punisher »

Là au moins le challenge en jette : Je vais faire le Punisher !!!

C’est parti !

Et ainsi je roule pendant des kilomètres…

Je grimpe en poussant mon vélo avant de dévaler des pentes en pleine forêt.

L’effort et le plaisir se confondent. C’est dur et plaisant à la fois ! Encore un concept de sportif…

Descente mi chemin, mi ruisseau…

En voulant trop coller au GR, je fini évidement par me perdre et faire quelques détours qui me font néanmoins découvrir de belles choses comme l’étang de le forêt de Villecartier.

L’étang de Villecartier.

Après la forêt, j’arrive sur les plaines qui dominent la baie et aperçois enfin ma destination !

Le mont apparaît enfin au loin.

Arrivé à Pontorson, je ne suis tellement plus lucide que je continue de suivre le GR sur un sentier herbé et bosselé (à 10km/h) au lieu de prendre le chemin stabilisé sur la rive d’en face (à 20 km/h)…

La rive ouest du canal… Choix intéressant…

Le Punisher me veut jusqu’au bout…

Cependant, lorsque j’ai de nouveau l’occasion de traverser le Couesnon pour rejoindre la piste stabilisée, je le fais sans hésiter.

Voyez-vous j’ai une autre idée en tête qui influence également mes prises de décisions.

J’essaye de ne pas trop y penser pour rester focalisé sur l’objectif.

Néanmoins cette idée campe dans mon esprit et je dois la considérer :

J’aimerai ensuite revenir jusqu’à Rennes en Vélo…

Il est presque 14h et je suis tourmenté entre l’atteinte proche de mon objectif et l’idée de devoir repartir en arrière.

Je ramène finalement mon attention sur mon objectif et le Mont qui pointe sa silhouette à l’horizon.

« Chaque chose en son temps, me dis-je ».

J’arrive enfin sur la citadelle assiégée par les hordes de touristes.

J’en suis un parmi des milliers.

La seule chose qui me plait dans cette marée humaine est la sensation de faire les choses un peu différemment de la masse :

  • Je vais toucher le mur d’enceinte de la forteresse comme si je gagnais 1,2,3 soleil.
  • J’arrête ma montre qui indique 301,8 km.
  • Je me fais prendre en photo (bon là pour le coup c’est pas hyper original…).

Voilà c’est fait !

J’ai déjà basculé dans l’après…

Je repars directement !

Je peux enfin faire face à l’épreuve psychologique de revenir en arrière.

L’épreuve de relancer sur 80 km après en avoir déjà fait 73…

L’épreuve de rouler des heures encore alors que j’ai atteint mon objectif !

Ma compagne à bien proposé de venir me chercher…

Mais j’ai un nouveau concept qu’il faut absolument que je test :

« Le tour d’humilité » !

Je suis alors très loin de me douter que la journée va encore être longue… Très longue !

Et me rendre très humble…

La suite et ce nouveau concept dans le prochain article…

Mention spéciale

Vous venez de lire le 100ème article que j’ai publié sur ce blog !

Tout d’abord je souhaite remercier tous les lecteurs qui me soutiennent et m’encouragent à continuer.

J’écris ces articles de manière totalement désintéressée dans le but d’inspirer les gens qui liront mes aventures. Je tiens d’ailleurs à ce que ce blog reste sans publicité.

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Merci pour votre soutien !

Charles

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