Dans ma quête de chasseur d’horizons, chaque déplacement est devenu une opportunité d’enfourcher mon vélo. C’est aussi ce que j’appelle l’entraînement « utile » ou « intégré ». Je ne mets pas mon corps en mouvement sur des créneaux horaires spécifiques… Ma vie c’est le mouvement.
Récemment, une personne m’a demandé combien d’heures je m’entraînais par semaine. N’ayant pu lui donner une réponse spécifique, j’ai répondu : « tous les jours ». En réalité, tout peut prendre la forme d’un entraînement pour moi. Emmener les enfants à l’école à vélo, faire du beachcombing en courant, où juste simplement emmener les bouteilles ou bac de verre… pieds-nus.
Alors, lorsqu’on a prévu d’aller rendre visite à nos familles pour les vacances de Pâques, j’ai sauté sur l’occasion pour réaliser une nouvelle boucle à vélo :
Un triangle inédit « La Turballe – Saint-Avé – Rennes… La Turballe » !
Mon idée est même que l’épreuve finale me permette de franchir un cap dans mon évolution…
Etape 1 : La Turballe – Saint-Avé
La première étape des vacances consiste à aller récupérer nos enfants chez mes parents à côté de Vannes. C’est un trajet d’une soixantaine de kilomètres que j’ai fait régulièrement ces derniers temps. Je suis assez à l’aise avec cet effort pour conserver mon rituel de nage du matin avant de prendre la route. L’échauffement est idéal pour démarrer la boucle.


Nage puis départ au lever de soleil avant le départ… Les vacances commencent bien !
Charlotte elle, va faire la boucle en voiture de son côté. Si le déplacement à vélo est une opportunité pour moi de passer un bon moment dehors à battre la campagne de la Bretagne-Sud, le trajet avec une voiture vide représente également une opportunité : celle de transporter du monde. Nous inscrivons donc trois places sur le site blablacar pour prendre des covoitureurs. Malheureusement, le voyage entre la presqu’île Guérandaise et le pays de Vannes ne semble pas intéresser grand monde… L’essence est chère et malgré cela, des tas de voitures roulent à vide. Faire du covoiturage est un excellent moyen de voyager en dépensant moins d’argent. Personnellement, pour me déplacer seul rapidement et sur de longues distances, je préfère l’auto-stop sportif. C’est gratuit, fun, et c’est une aventure en soi. Mais lorsque je conduis, j’aime utiliser l’espace libre pour contribuer au financement de mon déplacement. Pour cette fois, nous n’aurons personne et Charlotte pourra profiter d’un moment de tranquillité dans la voiture. Au moins nous aurons proposé…
Quant à moi, mon déplacement prendra ici la meilleure forme :
A l’énergie humaine !

Première étape de la boucle à vélo entre La Turballe et Saint-Avé.
Etape 2 : Saint-Avé – Rennes
Après avoir retrouvé nos enfants pour un week-end dans l’arrière-pays vannetais, notre programme nous invite maintenant à rejoindre la capital bretonne, Rennes.
Ces dernières années, j’ai parcouru la Bretagne de long en large à vélo sur des milliers de kilomètres. Aussi surprenant que cela puisse paraître, je n’ai jamais fait le trajet entre Vannes et Rennes en pédalant. Depuis 13 ans de vie commune avec Charlotte, le chemin entre les résidences de nos parents est un itinéraire que nous avons parcouru d’innombrables fois en voiture. Mais jamais à vélo…
Pour la deuxième étape de ma boucle à vélo, parcourir ce nouvel itinéraire alimente mon enthousiasme. Je me sers de cette énergie éphémère pour me lancer sur un parcours dont je suspecte la monotonie.

Deuxième départ de Saint-Avé dans l’arrière pays vannetais et en direction de Rennes.
En effet, en dehors d’un petit sentier où je teste la capacité de mon vélo route à se transformer en Gravel, le trajet le long des départementales est vraiment ennuyeux.

Petite pause pour rompre l’ennui.
Je suis content d’arriver, et encore plus de trouver que ma belle-mère et ma belle-sœur ont pensé à moi en me gardant une assiette et une belle part de risotto !

Nouveau trajet pour moi. Pas sûr que je le refasse de sitôt…
Je profite ensuite de la semaine à Rennes en famille pour jouer avec les enfants. Dans un coin de ma tête, je prépare également l’étape finale. En effet, je compte sur cette dernière pour repousser mes limites et franchir un cap dans mon évolution…
Etape 3 : Rennes – La Turballe
Pour le coup, le trajet à vélo entre la maison de mes beaux-parents et la mienne est un itinéraire que je connais très bien.
Je l’ai ouvert en septembre 2020. Ayant commencé à déployer mes ailes d’aventurier grâce à la réussite du projet Porteurs d’Arbre, j’avais eu l’ambition de m’attaquer pour la première fois au trajet d’environ 150 km à vélo. A l’époque, je m’étais même programmé une nuit de bivouac en hamac sur les berges de la vilaine. La fraîcheur du début d’automne m’avait cueilli net et j’avais peu dormis. J’en était sorti avec un torticolis. Je découvrais alors la face « inconfort » cachée derrière de l’aventure.

Petit déjeuner sur les bords de Vilaine après une nuit inconfortable en septembre 2020.
Je pense que c’est en partie grâce à cette marche franchie entre La Turballe et Rennes à l’automne 2020, que j’ai pu imaginer le projet qui allait suivre : Le Bay 2 Bay. Une traversée de la Bretagne en triathlon entre l’île des Evens et le Mont-St-Michel… Avec une monstrueuse partie de 195 km en vélo !
Fin juin 2021, avec mon coéquipier François, nous avions finalement réalisé la grande traversée. Une partie du parcours à vélo entre la presqu’île Guérandaise et Rennes avait eu lieu de nuit. Sous une pluie continue, nous avions atteint la confluence de l’Ille et de la Vilaine (Rennes) à 2h du matin… puis finalement Sens-de-Bretagne 3h plus tard. S’en étais suivi une sieste avant de repartir pour la course finale.

195 km à vélo entre La Baule et Sens-de-Bretagne, lors du Bay 2 Bay.
Au printemps 2022, je parcourait de nouveau l’itinéraire en rentrant cette fois de Rennes à vélo. C’était ma première grosse sortie de l’année. Cela marquait également le début de ma préparation en vue du Projet Argoat (3 traversées de la Bretagne en VTT).

Avril 2022, premier longue sortie de l’année en Rennes et La Turballe.
Printemps 2023…
Mon grand projet d’aventure pour 2023 est de remonter l’île de Skye en courant le long de la Skye Trail. Le trajet de 128 km que j’ai envie d’effectuer d’une traite me forcera à traverser la nuit Ecossaise. En février dernier, j’ai déjà testé la course de nuit en solitaire sur le GR34 entre St-Nazaire et chez moi. Après 6h de course, j’avais alors retrouvé mon lit vers 2h du matin. Cet été il n’y aura pas de lit. Au mieux une courte sieste comme durant le Bay 2 Bay.
En 2021 durant le Bay 2 Bay justement, j’avais vécu une phase très dure psychologiquement durant la course le deuxième jour. Je suspecte qu’elle était en partie due au manque de sommeil.
Après mon dernier gros défi personnel, mon premier ultra trail de 84 km il y a quelques semaines, j’ai été très satisfait de ma gestion émotionnelle durant les 10h d’e course d’effort. Après avoir fait part de cet aspect positif à un ami adepte d’ultra trail, ce dernier m’a dit que je n’avais probablement pas couru assez longtemps pour vivre l’ascenseur émotionnel dont il semble raffoler. C’est un point de vue.
J’en ai un autre : j’étais peut-être simplement bien préparé.
Avec le temps je suis quant à moi devenu un adepte de la préparation. Je pense que tout s’entraîne. Je suis convaincu que la gestion du manque de sommeil s’entraîne également. Mais pour ça il faut la vivre en amont…
Les spartiates avaient un dicton :
« Transpire plus à l’entraînement, saigne moins dans la bataille. »
Pour l’été 2023, j’ai non seulement le projet de réussir ma traversée de l’île de Skye, mais également l’ambition de savourer le voyage en étant bien. Je veux pouvoir fêter l’anniversaire de ma fille après l’arrivée et profiter de notre dernière journée sur l’île le lendemain. Je ne veux pas saigner. Je vais donc devoir salement transpirer avant…
Voilà ce qui me motive alors que j’enfourche une troisième fois le vélo à 22h passées. J’aurais pu savourer un verre de vin le soir et passer une nuit confortable avant de prendre la route le lendemain. Ça n’aurait pas servi mon projet. Ça doit être plus dur que ça. Si je veux la facilité plus tard, il me faut la difficulté maintenant !

Départ de Rennes après la tombée de la nuit.
Après une heure de route en traversant les communes du sud de l’agglomération rennaise, j’arrive enfin sur les bords de Vilaine. Je m’enfonce maintenant seul dans la nuit noire.

Seul dans la nuit noire sur les bords de Vilaine.
Le trajet est long. Cette fois, je n’ai pas de coéquipier pour m’épauler et m’aider à éclairer le chemin de halage des bords de Vilaine. Par contre, la nuit est sèche (à l’inverse de juin 2021). Des tas d’animaux traversent devant mon passage. C’est souvent des ragondins, à l’exception d’une fois où je vois passer deux énormes masses qui se jettent dans les fourrés.
Le plus grand danger semble toutefois être… des poules ! Je passe heureusement sans les rencontrer.

Plus dangereux que les poules : leurs nids… qui m’ont surpris une ou deux fois !
Un autre danger pour moi est le sentier en lui-même. Mon vélo de route n’est pas adapté à la piste. J’ai de la chance, je ne crève qu’une seule fois !
La torpeur me gagne entre 2 et 3h du matin. Regarder le rond de lumière qui éclaire le chemin pendant des heures est abrutissant. Je m’alimente de podcasts pour rester éveillé. Grâce à mes écouteurs, j’ai un peu l’impression de passer le temps en compagnie d’aventuriers. Mike Horn explique justement que c’est « dans l’adversité qu’on grandit« . Cela va d’ailleurs totalement dans le sens de ce que je répète constamment à mes enfants :
« On devient fort en faisant des choses difficiles ! »
Au final, je suis parti après le coucher de soleil et j’arrive presque 8h30 plus tard, juste avant le lever. C’est drôle, ca représente exactement la durée d’une nuit de sommeil pour moi… Sauf que là j’ai roulé à la place !



Je ne vais pas dormir pour autant. Je me coule un bon café et change le cuissard de vélo pour un cuissard de course à pied. Je n’avais pas envie de combiner l’entraînement sans sommeil avec un gros volume de course. Le vélo était un bon compromis. Je compte toutefois me faire une sortie longue de course pour vivre un effort à pied après une nuit sans sommeil. Je repars donc sur les sentiers autour de chez moi et en direction de l’océan. La levée du nouveau jour active mon organisme et, à part mon estomac qui semble saturé à force d’être alimenté constamment, je me sens plutôt bien. Deux heures plus tard, je suis de nouveau chez moi après avoir parcouru 20km. Cette distance me permet d’atteindre le volume de course que je m’étais fixé pour cette semaine.

Footing sur les chemins après une nuit blanche.
De retour de mon footing, je ne prévois toujours pas de dormir. Pour cela je me suis dressé une liste de chose à faire. Pour lancer la dynamique d’enchaînement des tâches, je commence par une activité que j’adore : tondre la pelouse (j’ai même carrément écrit un article à ce sujet dans mon blog précédent !). Après ca, je continue d’enchaîner les tâches jusqu’en début d’après-midi où je décide finalement que j’en avais fait assez. Pour que l’entraînement porte ses fruits, je dois maintenant récupérer. Je m’autorise une courte sieste qui me permet de recoller avec mon rythme. Puis, en fin de journée, je pédale jusqu’à la plage pour une petite baignade dans l’océan.
La boucle est bouclée.

La boucle…
La Turballe – St Avé : 64 km
Saint-Avé – Rennes : 106 km
Rennes – La Turballe : 147 km
Total : 317 km



Génial. C est du costaud.👍petite question tu as vraiment adapté ton vélo route en mode gravel .ou quelque chose s’y approchand.je prévois de faire avec mon beauf la Bretagne de Questembert a st malo .mais je n ai qu un vélo route.mzis nous prévoyons de prendre une partie en voie verte. D ou ma question qu’elle modif as tu fais .si 6u en as fait . merci.
Du coup,petite comment as tu vécu le manque de sommeil.mzis surtout après avoir dormi.tu n as pas ressenti comme un gros coup de fatigue ..moi ça me fait ça.bon je ne sais pas si je me suis fait comprendre.mzis bravo..j aime beaucoup lire tes exploits 😜💪
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Merci pour ton retour.
Pour le vélo, j’ai juste mis les plus gros pneus qui passaient sur mes roues. Après je ne peux pas mettre de roue plus large car je suis limité par l’écartement de la fourche… Sinon, pour te customiser un gravel, tu peux toujours récupérer un cadre de VTT sans fourche. Perso pour l’itinérance, je préfère encore largement un bon VTC avec fourches verrouillables. La positon est plus reposante et tu ne perds pas forcement en vitesse. En déverrouillant les fourches, tu peux même aller sur des terrains plus accidentés. En tout cas c’est avec des VTC que j’ai fait mes meilleurs itinérances.
Pour le sommeil, je l’ai très bien vécu. Je limite toujours mes siestes à 30 minutes grâce à un minuteur. Ca m’évite de tomber dans un sommeil profond avec un réveil difficile. La micro-sieste permet de bien récupérer (dissiper l’adénosine) sans casser ton rythme. C’est comme tout, ça s’entraîne 😉 Je te conseil de t’entraîner à t’allonger quotidiennement après le repas du midi. Parfois tu ne dors pas du tout mais le break reste bénéfique. Parfois tu pars à peine 5 minutes. Et parfois l’endormissement est très rapide suivant l’état de fatigue. Petit plus, je limite maintenant la caféine à un café par jour au réveil. Ca me permet de mieux réguler mes états d’activation.
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Merci pour tes réponses.et à bientôt.👍
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