L’art de trouver des ressources… et de créer des histoires.

A l’âge de 7 ans, lorsque j’ai pris conscience de ma propre mortalité et du caractère éphémère de mon passage sur terre (30 000 jours jusqu’à 82 ans, moins 2555 arrivé 7 ans), j’ai vite choisi ma ressource la plus précieuse :

Mon temps !

Une chose était claire, je n’allais pas le passer à l’échanger contre de l’argent en brûlant mes jours d’une manière qui me laisse une sensation de gâchis.

Comme le temps s’échange contre de l’argent, j’ai décidé que pour gagner du temps et conserver mon argent, il me fallait apprendre à vivre en dépensant moins…

Aujourd’hui, alors que je déambule dans mon garage pour aller chercher mon vélo entre les pieds de tables que Charlotte vient de repeindre et mon établi, je réalise où mon temps a été investi ces dernières années…

Il a été investi dans la capacité à trouver des ressources… et à créer des histoires !

Laissez-moi vous raconter…

Partons du garage.

Lorsque je l’ai construit, j’avais une idée précise de ce que j’attendais de cette pièce. Je voulais d’abord que ce soit à la fois un atelier pour exprimer notre créativité. Dès son inauguration, nous l’avons signé en famille d’une emprunte de nos mains dans le dalle de béton.

Ensuite et surtout, je voulais que ce garage soit notre sas d’ouverture vers le monde des expéditions et de l’aventure. C’est depuis cet endroit que je suis parti pour parcourir le GR39 en VTT et où je suis revenu depuis le GR38 il y a moins d’un an.

C’est également dans cette pièce même que, notre petit trio (mes deux enfants et moi-même) se prépare à aller à l’école tous les matins, à vélo… Ou exeptionnellement en brouette et en kayak !

Le garage, porte d’accès à l’aventure…

Au fond de ce garage il y a deux meubles…

Celui de gauche est le premier meuble que j’ai construit à la sortie de mon CAP de Charpentier bois. D’ailleurs il tient plus d’une charpente que d’une œuvre d’ébéniste. Lorsque nous avions emménagé dans notre premier appartement à Viry-Châtillon il y a plus de 10 ans, je l’avais construit sur mesure pour fermer l’espace cuisine avec un bar. Je l’avais fait tellement solide, que Charlotte et sa mère en avait bavé pour le monter au premier étage. Nous avions obtenu la location de l’appartement du 91 en échange du débarrassage d’un énorme vaisselier. Comme personne n’en voulait, je l’avais dégommé à la massette (la même qui est accrochée au mur de mon garage), avant de le balancer à la déchetterie. J’avais juste gardé la planche principale pour qu’elle devienne le plan de travail de notre bar. Pour optimiser l’espace de notre premier petit T2, nous mangions en tête à tête sur une petite table pliante que j’avais fixée au meuble. Cette table est aujourd’hui accrochée dans le garage en extension de l’établi (à droite).

Ce meuble-bar nous avait ensuite suivi dans notre deuxième appartement de Sens pour devenir un simple meuble de cuisine. Puis, il y a 5 ans, il avait été converti en commode dans la chambre des enfants lorsque nous avons emménagé à Guérande. A Guérande justement, j’avais construit le meuble de droite en guise de table à langer. La surface de la table avait été construite en récupérant une planche sur un meuble auquel était attaché mon beau-père mais qui était en fin de vie. Son meuble revivait avec un enfant dessus et un paquet de couche dessous. La table est vite devenue le premier mur d’escalade de mon fils au bout de son lit (devenu tapis de chute). Il s’est finalement transformé en établi lorsque j’y ai fixé l’étau qui appartenait à Léon (le père menuisier de ma belle-mère). Si j’avais pensé à cette fixation d’étau avant, j’aurais peut-être pu tenir mes enfants plus facilement sur la table à langer…

La table à langer, devenue mur d’escalade, puis établi…

De retour dans le garage, sous la table pliante (sur laquelle ce sont fondées les discussions de notre jeune couple) et derrière le pack de Pelforts (pour animer nos discussions actuelles), il y a une tondeuse. C’était celle de ma grand-mère. J’ai commencé à tondre avec il y a plus de 25 ans, lorsque, adolescent, je tondais sa pelouse en échange d’un petit billet (un gros billet même, pour être honnête). Elle disait que « tout travail mérite salaire ». De mon côté, si j’étais heureux d’être rémunéré, je n’avais pas l’impression de gâcher mon temps en passant la tondeuse. Tout d’abord, j’étais content de rendre service à ma grand-mère. Ensuite, j’ai toujours aimé l’odeur de la pelouse tondue. Enfin, je passais ce temps à rêvasser de ma vie d’adolescent et à ce que je voulais devenir. Lorsque je tonds aujourd’hui avec la même tondeuse, je me dis que l’adolescent que j’étais ne serait pas déçu de ce que je suis devenu. Enfin il regretterait peut-être que je n’ai jamais été moniteur de rafting en Nouvelle-Zélande… Mais tout peut encore arriver !

25 ans que je tonds avec la tondeuse de ma grand-mère.

En sortant du garage, je passe sous les combinaisons qui sèchent au plafond. Le séchoir m’a été donné par mon beau-père et il est probable qu’il ait servit à sécher du linge du côté de Londres à une époque…

La combine de gauche, je l’ai eu pour mes 16 ans et, celle de droite, je l’ai trouvé en parfait état dans une benne de déchèterie il y a plus de 10 ans maintenant.

Derrière le garage, notre terrain est délimité par un mur de pierre sèches. Ces pierres faisaient un jour parti de l’édifice gigantesque du moulin Guyomard à Vannes. Après la destruction de la ruine qui menaçait le jardin de mes parents, j’ai récupéré des blocs pour leur donner une nouvelle vie à La Turballe.

Les pierres de l’ancien moulin Guyomard de Vannes… Dans notre Jardin !

En entrant dans le jardin, je passe sous l’arche de notre mariage qui a été replanté ainsi qu’un rosier grimpant en symbole de notre union.

Charlotte est hyper forte au jeu des ressources, elle a même cousu elle-même sa propre robe de mariée !

Lorsque nous achetons des objets, nous imaginons à l’avance les nombreuses vies que nous pourrons leur donner derrière.

Tout est une ressource potentielle… L’eau de pluie par exemple est une ressource extraordinaire qui est souvent perdue. Après avoir construit le garage, j’ai récupéré une vielle cuve dont mes parents ne se servaient plus. A l’époque je leur avais installé cette dernière en coulant mon premier socle en béton. Aujourd’hui, elle trône fièrement sur une énorme souche qui m’a été donné par un parent d’école. Grâce à l’eau de pluie récupérée dans cette cuve, nous pouvons arroser le jardin qui foisonne. J’ai également une autre cuve que j’ai fixé sur mon abris bois. Pour la petite histoire, j’ai récupéré le bidon et la gouttière dans un maison abandonnée. J’y ai fixé le robinet de la Dame Jeanne qui m’avait servit une seule fois à brasser ma bière (trop contraignant). Le dessus est recouvert du tulle d’une vieille moustiquaire (pour éviter les moustiques justement).

Les cuves pour récupérer l’or bleue…

Dans les plates-bandes, les fleurs de Charlotte cherchent désespérément une place au milieu de mes dizaines de plants de pommes de terres, que j’ai planté suivant une méthode amérindienne.

Pommes de terres dans les plates bandes en culture à l’amerindienne.

Les plants sont ombragés par nos « Arbres de Noël » des dernières années. Encore une fois, plutôt que d’acheter un arbre à usage unique pour noël, nous préférons leur donner une deuxième vie dans notre jardin. Imaginez si tous les arbres de noël (sans être des sapins) étaient replantés. Nous aurions des forêts d’histoires et de souvenirs. En attendant, nos souvenirs des Noël 2020, 2021 et 2022 se dressent fièrement dans notre jardin !

L’Arbre de Noël vivant, un concept auquel je crois fortement !

Ces arbres on peut les contempler depuis les nombreuses chaises et bancs que j’ai construit à partir de palettes et autres matériaux récupérés. Le dernier en date ? Un banc croisé entre la chute de la traverse de la pergola (que j’ai construit au printemps) et un tronc de bois flotté que j’ai récupéré en faisant ma fameuse session de beachombing en courant.

Mobilier de jardin 100% récup…

Pour laisser un peu de place à Charlotte dans les plates-bandes (ou plutôt à ses fleurs), j’ai construit des bacs de culture avec des planches récupérées à droite et à gauche. Quatre de ces planches représentent un souvenir particulier… Ce sont les morceaux de la cabane d’enfant d’une de mes petites sœurs. J’avais participé à son montage alors que j’étais adolescent et à son démontage une fois papa. Aujourd’hui, je leur donne une nouvelle vie pour y faire pousser mes fraises.

Des restes de la cabane d’enfant de ma petite soeur servent maintenant de bac de culture pour les fraises…

En marchant vers le composte, je médite sur ces quatre planches… Lorsque mon dernier jour sera venu, nul besoin de recycler quatre planches pour m’enterrer… Je préférais que mon corps aille directement à la terre… pour être composté justement ! Cette carcasse sera une super ressource pour la terre car j’évite au maximum d’ingérer des médicaments et des pesticides. Et puis, mieux vaut nourrir un arbre que de pourrir dans un cimetière. Sans rire, le concept existe réellement et s’appelle l’humusation. Malheureusement il est encore peu connu. Le frein selon moi réside dans notre conception de la vie et de la mort. On oppose la mort à la vie. En réalité la mort est opposée à la naissance. La vie elle, ne s’arrête pas. C’est un cycle perpétuel entre la naissance et la mort. A l’image de mes meubles, que je fais vivre à travers des cycles de renouvellement perpetuels.

Au sujet des cycles et du compost justement, les toilettes sèches que j’avais construit à partir de matériaux récupérés ont été transformés en abris de jardin (et aussi en panneau de basket). Il faut croire que je n’étais pas tout à fait prêt à encaisser pleinement le cycle de l’hiver, sur le trône, dehors sous la pluie…

Les toilettes sèches, toujours sèches… mais plus toilettes.

Le mot de la fin

Ma ressource restera toujours mon temps. J’essaye donc de l’utiliser avec intention.

J’ai toujours pensé que le fait de me spécialiser dans un domaine de compétence limitait mes horizons. Mais peut-être qu’au final je me suis spécialisé dans l’adaptabilité et la capacité de trouver des ressources…

Obtenir les choses uniquement par l’argent n’est pas une source d’épanouissement pour moi. Cela me donne l’impression d’être déconnecté de mon environnement et de ne pas exploiter mes capacités à fond. A l’inverse, trouver des ressources cachées et des alternatives me stimule au plus haut point. En plus de ça, cela me donne le sentiment d’être pleinement attentif et de faire partie intégrante du monde qui m’entoure. La sensation de jouer avec les cycles et les éléments me permet de me sentir pleinement vivant.

Enfin et surtout, cela me permet de créer de nouvelles histoires !

2 commentaires sur « L’art de trouver des ressources… et de créer des histoires. »

  1. Super moment de lecture.tu sais on fait facilement des transferts.on se dit Ho c est tout moi.Et a y regarder de près ..et bien ce n est pas vraiment moi. Mais une chose est certaine c est que quelques soit la manière de consommer son temps de vie .c est de le faire avec passion.et ça c est nous😜

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