L’idée est venue de mon ami Nico :
Combiner un week-end en famille à Belle-Île en mer et le défi de parcourir le tour de l’île par le sentier côtier (le GR340, un itinéraire de plus ou moins 80 km).
Suite à une sortie vélo en Mars entre Batz-sur-mer et la Turballe, nous pensions avoir réussi à créer un plan optimal pour combiner notre projet avec un week-end en famille. L’équilibre idéal pour nous.
Le week-end de la Pentecôte est enfin arrivé et nos deux familles se retrouvent à l’embarcadère de Port Navalo pour prendre le large. Les enfants sont excités comme des puces.
3 jours s’offrent à nous sur l’île. Avec Nico, nous avons donc découpé son tour en 3 étapes…
Jour 1 – Étape 1 : Le Palais –Pointe du Talut
Dès l’arrivée sur l’île, notre plan est simple. Nico et moi allons partir vers le Nord pour un demi-tour de l’île. Pendant ce temps-là, les femmes et les enfants vont partir en bus dans l’autre sens pour rejoindre la plage des Grands Sables, puis le camping du même nom.
En arrivant dans le port du Palais, Nico est prêt à sauter du bateau avec même que celui-ci n’ait accosté. Ressentant une gêne physique, mon coéquipier préfère parcourir le sentier en marchant. Il a tout juste 8h pour rejoindre Port Coton et récupérer la dernière navette de la journée. Sachant qu’il a 35 km à parcourir, il ne compte pas perdre une minute. J’arrive tout juste à le retenir le temps de prendre une photo de départ.

Arrivés à Palais, prêts à partir pour le tour de Belle-île !
De mon côté, ayant plus de marge grâce à l’allure de course, j’accompagne la famille jusqu’au bus pour les aider à porter le sac de nourriture. Puis je pars tranquillement en trottinant en direction de la citadelle. Dès la sortie de l’édifice, je ne suis pas déçu par le sentier côtier qui surplombe magnifiquement le littoral sous un grand ciel bleu.

Arrivé sur une des très rares portions de route du parcours, je rattrape enfin Nico. Je compte bien partager un moment de randonnée avec lui et je mets à marcher à ses côtés. Le sentier est plein de marcheurs justement qui se font un plaisir d’arpenter l’île par la côte. En chemin, on sympathise avec Micheline qui envoie un gros rythme malgré ses 72 ans. Son mari René peine à suivre… Et pour cause, Micheline est une ancienne Ultra Traileuse. Elle a entre autres couru « La Diagonale des fous », ou encore de « l’UTMB » pour ses 60 ans. Rien ne semble l’arrêter… Sauf nous peut-être, l’instant d’un selfie avec notre idole du moment !

Avec Micheline, 72 ans, finisher de la Diag et de l’UTMB !
Micheline a fini de m’échauffer avec ses histoires d’ultra-trail et le sentier m’appelle. Nico m’invite également à décoller. Je passe alors en mode traileur pour m’envoler dans le chemin.
J’arrive rapidement sur le joli petit port de Sauzon, auquel j’accède en faisant le tour de sa ria. Arrivé en bas, un gars dit m’avoir déjà vu dans le bateau. Je l’ai soi-disant inspiré en parlant de « ma copine que j’ai mis au triathlon ». Du coup il compte s’y mettre. Charlotte faisant du longe compte, je lui dis qu’il doit faire erreur mais que le principal est que ça lui ait donné envie ! Après coup je me dis que, sans m’en rendre compte, j’ai peut-être évoqué un triathlon en évoquant avec Nico de mon projet de la semaine suivante… Peu importe, le gars a été inspiré pour passer à l’action et, c’est l’essentiel.

Le joli petit port de Sauzon apparaît au détour du chemin…
Il commence à faire chaud. Je profite des toilettes publiques de Sauzon pour refaire le plein des gourdes. Ensuite je passe le joli petit port dans lequel j’avais déjeuner avec mon père et un ami à lui quelques années plus tôt… C’était pour moi une époque où je préférais largement un bon restaurant à l’idée de courir des heures sur un sentier. Aujourd’hui c’est différent, avec le temps mes goûts se sont raffinés et je suis devenu plus exigent. C’est moi qui fait la carte. J’ai choisi le riz au mizo que j’ai emballé dans une algue de nori. Je ne mange qu’avec une vue sur la mer. La terrasse doit de préférence surplomber l’océan. Enfin, le moment du repas doit me faire voyager. Mes pieds sont toujours en mouvement et je ne cesse d’avancer vers l’horizon.
J’arrive à la fameuse pointe des Poulains. Pas de grande tempête comme sur les photos pittoresques de Belle-Île… A la place, une mer bleue qui s’étend à l’infini…

La pointe des Poulains… par jour de grand beau temps.
De l’autre côté de la pointe, l’île est encore plus sauvage. Il n’y a plus d’habitation aux abords du sentier. Il y a également moins de randonneurs. La chaleur qui plombe le sentier, a rangé la majorité des gens à l’ombre. Mes jambes deviennent lourdes. Si je ne respirais pas uniquement par le nez, ma langue pendrait et je me dessècherais encore plus rapidement. Je regarde avec envie les petites criques en contre bas.


La côte sauvage du nord de l’île sous un soleil de plomb.
A force de mettre un pied devant l’autre, j’arrive enfin à la magnifique plage de Donnant. De jolies petites vagues viennent y déferler dans une eau translucide. A cet endroit plus de sentier, juste la plage à traverser. L’appelle de l’océan est puissant. Je plonge pour une baignade revigorante. J’apprendrais plus tard que Nico a fait exactement la même chose au même endroit !

Baignade à Donnant.
Rafraîchi, je repars sur la côte sauvage. J’arrive enfin aux aiguilles de Port Coton. Il semble que ce soit le deuxième haut lieu touristique de l’île avec la pointe des Poulains. Un gars vient à ma rencontre. Il me dit qu’il m’a justement vu aux Poulains plus tôt dans l’après-midi et qu’il est impressionné de me voir arriver en même temps que lui alors qu’il est en vélo. Je le remercie du compliment et en profite pour lui demander de me prendre en photo. Je suis alors un vrai touriste ! D’abord au sens premier du terme : « celui qui fait le tour ». Puis au sen conventionnel : « celui qui se fait prendre en prendre en photo devant les monuments » !

Photo de touriste devant les aiguilles de Port Coton.
Cependant j’ai l’impression de pratiquer une forme originale de tourisme… Je visite en utilisant mon énergie mais en essayant de laisser un minimum d’emprunte. Je me déplace vite et en même temps je prends le temps de tout voir. Je fais l’expérience de l’endroit au travers de mon corps en mouvement et de mes sens en eveil. J’ai l’impression de faire corps avec l’île et d’aller vraiment à sa rencontre.
Nico a prévu de randonner jusqu’à Port Coton pour prendre le bus. Pour ma part, j’ai de l’avance et j’ai envie de continuer un peu l’aventure du jour. J’aimerai également me rapprocher de Bangor pour faire quelques courses d’appoint. Arrivé au sémaphore de la pointe du Talut, ma montre indique 40 km. Je l’arrête en même que je sympathise avec des gens venus observer le point de vue. Les parents sont venus voir leur fils en poste depuis peu sur Belle-Île. Je monte dans leur voiture et ils font un crochet pour me déposer devant la superette de Bangor. Une fois les course faites, je marche un peu pour chercher une autre voiture qui puisse m’emmener jusqu’au camping. Si la partie effort est finie pour moi aujourd’hui, la partie aventure est toujours là pour mon plus grand plaisir. Dans mes expéditions, j’ai besoin de cette part d’inconnu qui éveille mes sens et réveille mes capacités d’adaptation. J’aime avoir des objectifs dans le viseur, mais je prospère vraiment dans les situations d’incertitude. Mon corps se relâche pour être encore plus fluide, prêt à saisir la moindre opportunité. Au croisement d’une route, je tombe comme par hasard sur un couple qui va faire du longe côte sur la plage des Grands Sables. On sympathise et ils me déposent gentiment devant le camping. En toute fluidité, je retrouve ma famille bien installée dans un magnifique espace verdoyant. Je mets la bière au frais avant de retourner pieds nus vers la plage pour ma baignade de fin d’étape.


Baignade de fin d’étape sur la plage des Grands Sables.
Je rejoins ma fille dans le trampoline. Elle aimerait que je saute un peu plus, mais j’ai plutôt envie de rester allongé sur la toile… La vie est belle.
Tout est parfait, on attend plus que Nico pour l’apéro !
Jour 2 – Etape 2 : Les Grand Sables – Pointe du Talut
Pour cette deuxième étape, on a prévu de partir dans l’autre sens pour rejoindre notre point d’arrivée de la veille. Avec Nico, on a également décidé d’aller chercher quelque chose qu’on ne voit jamais :
Un lever de soleil sur l’océan !
Ne voulant rien rater du spectacle de l’aube, on repart sur le sentier dès 5h du matin, à la lumière de nos lampes frontales. Je suis content de partager ce nouveau bout de randonné avec Nico. En plus de ça, mon corps apprécie vraiment la mise en route en douceur.



Départ de nuit pour aller chercher le lever du soleil.
Arrivés au sommet d’une pointe, la boule de feu pointe enfin son nez à l’horizon ! On dégaine les tasses pour déguster un magnifique « sunrise coffee » sur l’océan. Encore une fois, le mouvement nous a permis d’aller chercher la plus belle terrasse de l’île, le temps d’un moment magique et éphémère.


L’heure est venue de nous séparer de nouveau. Je laisse le soleil levant dans mon dos pour m’élancer sur le sentier. On dit que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt… Ce matin au moins, Belle-Île nous appartient… Nous sommes seuls au monde. Le chemin est pour nous !



Le reste est pur bonheur. Le sentier est extraordinaire à cet endroit. Tant tôt nous montons sur les falaises et tant tôt nous descendons dans les anses.


J’ai une pensée pour une amie qui est amoureuse de la plage de Kerel. J’y passe comme je suis passé par toutes les autres plages. Personnellement j’ai un coup de cœur pour celle d’Herlin.

La plage dHerlin, ma préférée.
Depuis un moment, je vois le sémaphore de la pointe du Talut, ma destination du jour.. Lorsque j’y arrive enfin vers 9h30, il est encore tôt et il n’y a qu’une voiture qui est en train de partir du parking. Je sprint pour saisir l’opportunité. Une nouvelle fois, une dame adorable fait un crochet pour me déposer à Bangor. Cerise sur gâteau, c’est le marché ce matin-là. Mon dévolu se porte sur des fruits et légumes frais. Je m’offre une barquette de fraise dont je m’efforce de garder la moitié pour les enfants.

Récompense au marché de Bangor !
Le sac plein de bonnes provisions, je retourne maintenant vers Les Grands Sables. Un couple qui va boire le café à Locmaria m’embarque au passage. Comme on sympathise dans la voiture, ils font finalement un crochet pour me déposer une nouvelle fois au camping !
Il est 10h30 et je suis déjà de retour. Carole la femme de Nico me demande si j’ai sprinté… Avec le recul, j’ai plutôt l’impression d’avoir surfé, tellement la matinée s’est déroulée de manière fluide.
Au tour des filles d’aller explorer l’île maintenant. Après un petit passage par la baignade, je les libère en prenant les enfants en charge. Je m’occupe de préparer une grande salade en attendant Nico. Cet après-midi, les papas emmènent les enfants à la plage. Les mamans elles, sont parties à l’aventure !

Après-midi plage pour les papas et les enfants.
Jour 3 – Etape 3 : Les Grands Sables – Le Palais (9 km)
Il nous reste une portion du sentier côtier à parcourir, celle qui relie notre camping à l’embarcadère.
Aujourd’hui l’étape est familiale. Léo 9 ans, Robin 7 ans, Zoé 5 ans et Jules 4 ans vont avoir droit à leur part du GR. Après avoir rendu les clés des mobil-homes, on part en famille pour boucler notre tour.



Départ des Grands Sables et dernière étape en famille.
Les enfants marchent bien. Zoé, ma fille se met rapidement pieds nus. Ça me donne envie et j’en fais de même.



Les enfants relèvent le défi. Zoé est même pieds nus ! Je fais pareil…
Arrivés sur un beau point de vue, on se dit qu’il serait sympa d’avoir une photo du groupe à cet endroit. C’est décidé, on va demander au prochain randonneur de nous prendre en photo. Qui arrive alors ?
Micheline… lancée comme un frelon !
Elle semble avoir largué son mari (au sens « randonnée » du terme) et on imagine qu’elle a peut-être déjà fait trois fois le tour de l’île. C’est dans un esprit convivial que le moment est immortalisé…

Le midi, on profite d’une petite crique pour faire une pause. Après une bonne baignade on finit les restes. Chez Nico et Carole c’est sandwich aux Tucs. Chez nous c’est pommes et cacahouètes. Encore une fois, la mer à nos pieds rend tous les plats délicieux !
On vise ensuite Le Palais pour finir le séjour. Il fait chaud et on avance tous avec l’idée d’une bonne glace en tête. Lorsqu’on arrive enfin, la vendeuse de glace semble nous attendre. Chacun commande son parfum avant que nous allions tous nous asseoir à l’ombre sur des marches.
Enfin direction le bateau pour rentrer sur le continent. Lorsque nous prenons la mer, je monte sur le pont. L’île rétrécie au loin. Je prends alors la mesure du chemin que nous avons parcouru avec Nico, mais également en famille. Puis je me tourne le Mor Braz pour rêvasser en contemplant l’horizon… cette limite imaginaire qui ne demande qu’à être dépassée.

Les 3 étapes
Etape 1 : Le Palais – Pointe du Talut 40 km
Etape 2 : Les Grands Sables – Pointe du Talut 28 km
Etape 3 : Les Grands Sables – Le Palais 9 km
Total : 77 km



Bravo . Photos magnifiques et magique
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Merci !
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