Janvier 2023…
Je me suis lancé le défi de traverser l’île de Skye en courant. Mon idée est de profiter de nos futures vacances en famille en Écosse pour relever un nouveau challenge tout en explorant l’île montagneuse. Le Skye Trail est un sentier de randonnée (non balisé) qui compte 128 km pour presque 5000m de dénivelé positif. Ma plus longue distance parcourue à pied est alors de 44 km. J’ai 6 mois pour devenir Ultra Trailer…

12 Juillet 2023…
Je suis enfin sur le parking de Broadford au sud de l’île de Skye (Le Skye Trail est généralement parcouru du Nord au Sud, mais je préfère le faire dans l’autre sens pour découvrir l’île en montant vers le Nord).
Je ne sais pas si je suis un Ultra Trailer, mais je suis enthousiaste a l’idée d’aller courir. Il faut dire que les 5 heures de route du matin, transformées en 6h30 par une énorme déviation, m’ont rendu impatient à l’idée de me lancer !
Un dernier câlin à Charlotte et aux enfants et c’est parti.

Broadford – Torrin
Je quitte rapidement la route pour emprunter le sentier. Les sensations physiques sont très mauvaises. Sachant que je ne retrouve Charlotte que le soir même je suis assez chargé en équipement et nourriture. Au delà du poids de mon équipement, j’ai mal au ventre. J’ai mangé un peu n’importe quoi durant le voyage et je suis barbouillé. Depuis que j’ai commencé les défis en 2020, c’est la première fois que je m’aventure loin de chez moi. J’essuie les plâtres en faisant l’expérience d’un départ à plus de 2000 km de mes terres bretonnes.
J’ai justement du mal à décoller le plâtre qui me bloque l’estomac et ma fréquence cardiaque est au plus haut.
Pour ce qui est du parcours, je traverse un endroit chargé d’histoire : les « clearances ». C’est un lieu sombre de l’histoire de Skye… Les villages y ont été brûlés lors d’un des conflits entre le clan des McDonalds et celui des McLeods pour faire place aux moutons.
Au sortir des ruines, la pluie fait son apparition.
Le Skye Trail est référencé comme « a challenging backpacking route »… Le ton est donné d’entrée de jeu !

Torrin – Sligachan
Depuis le début, je contemple les monts qui bordent le sentier au nord. Lorsque j’arrive dans la baie de Torrin, ils prennent une autre ampleur. C’est le début de la chaîne montagneuse des Cuillin Hills. Dans les nuages, je devine même la présence du premier des 12 Cuillin Munroes : le Blà Bheinn (928 m).

Le sentier de randonnée contourne les monts en faisant le tour de la presqu’île d’Elgol. Toutefois, une version alternative consiste à couper en grimpant par le sommet du Blà Bheinn. C’est ce que j’ai décidé de faire. J’avais envie de troquer quelques kilomètres de sentier roulant (13 km) en échange de quelques centaines de mètres de dénivelé en plus. Avec mon entraînement sur le plat des sentiers côtiers bretons, la première version aurait été plus simple… mais j’ai envie de prendre de la hauteur d’entrée de jeu !
Mon copain et compagnon d’aventure Seb, est lui aussi en vacances en famille en Écosse. Je me suis dit que l’occasion était idéale pour partager cette partie du parcours avec lui. Je lui ai vendu une vue imprenable sur les Blacks Cuillins…
Lorsque je retrouve Seb après 3h de course sous la pluie, on sait tous les deux qu’il n’y aura pas de vue imprenable depuis le sommet aujourd’hui. Pour autant, on est content de se retrouver pour partager l’ascension. Seb en profite même pour jouer les photographes…



Malgré les conditions on s’amuse à grimper ensemble. On traverse des rivières chargées de la pluie qui ruisselle depuis les sommets. J’en profite pour remplir ma gourde d’eau pure. En buvant littéralement l’île de Skye, j’ai l’impression de ne faire qu’un avec mon environnement et de me reconnecter pleinement à la nature !

Les derniers mètres de l’ascension sont plus compliqués. On avance dans le nuage en cherchant prudemment un chemin qui nous mène au sommet. Après un long moment, on y arrive enfin !

Le manque de visibilité à l’horizon est largement compensé par le plaisir d’une expérience partagée.
En redescendant la vue se dégage et nous laisse entrevoir un paysage magnifique.

Nos chemins se séparent. Seb redescend vers Torrin alors que je pars de l’autre côté en direction de la vallée du Glen Sligachan.
Il est censé y avoir un chemin qui passe par la crête pour mon itinéraire. Je ne le trouve et décide de ne pas jouer avec les à-pics dans ces conditions. Je choisi de couper à travers le « scrub », ce parterre végétal dense et humide.
La descente me prend un temps fou et me coûte énormément d’énergie. Heureusement, le soleil pointe son nez derrière l’arrête des Black Cuillins pour m’’offrir un tableau incroyable.

Arrivé au niveau du Glen, je me dis que le chemin roulant vers Sligachan va être une formalité.
Erreur.
Le sentier est en majeur partie un ruisseau entrecoupé par les rivières qui descendent de la montagne !
Une nouvelle fois, la beauté du paysage se mêlent à la difficulté du parcours. Je suis seul au monde dans ces grands espaces et j’adore ça. Mais il y a une raison pour laquelle je suis aussi tranquille : arriver là se mérite !


Plus de 7h après mon départ, je retrouve enfin ma famille sur le parking du petit hameau de Sligachan.
Sachant que j’allais manquer de lucidité, j’ai préparé à l’avance une check-list des tâches à effectuer :
- Charger la montre…
Je vais pour récupérer le chargeur dans le coffre lorsque je réalise que Charlotte a déchargé mon sac avec le chargeur au BnB… Catastrophe ! Il me le faut absolument pour enregistrer la trace de mon parcours. Charlotte elle, en a marre de conduire dans tous les sens. Il faut dire qu’elle a aussi fait la navette pour emmener et ramener Seb du Bla Bheinn. La tension monte. La pause censée être rechargeante (pour les humains comme pour les appareils) est en train d’avoir l’effet inverse et de nous vider d’énergie.
Quand soudain, miracle :
Je retrouve le chargeur dans mon sac de course ! Ouf !!!
En effet, j’ai peu de lucidité… On en rigole et la tension retombe d’un coup. On peut alors :
- Partager un plat de pâtes ensemble.
Cette étape à Sligachan me revigore (l’inverse aurait peut-être eu raison de mon aventure…).
Malgré cela il semble que je n’ai pas totalement regagné en lucidité puisque je repars en emportant dans mon sac mon t-shirt mouillé à la place d’un sachet de noix de cajou…
Sligachan – Portree
Je suis surpris par la luminosité qui dure longtemps après le coucher du soleil. Il est 23h passé et je n’ai pas encore allumé ma frontale. Pour ce qui est de l’attaque des midges (mini moustique féroces), elle ne semble pas me concerner. En revanche, les chaussures et chaussettes sèches que j’ai changé à la pause sont à nouveau trempées. Je n’aurais pas eu les pieds secs longtemps…
Au bout d’un long sentier côtier, j’arrive sur la seule portion de route du Skye Trail. J’alterne alors course et surtout marche dans la nuit.
Par 2 fois, je tente de faire une mini sieste dans des arrêts de bus. La première fois, je m’allonge au sol mais j’ai vite froid au dos. Et pour cause, la poche à eau de mon camel back mal fermée à fuit. J’ai le dos mouillé ! La deuxième fois, je m’assoupi assis en tailleur.
13 juillet 2023…
Aujourd’hui c’est l’anniversaire de ma fille. Elle a 5 ans. A cette heure là, elle dort paisiblement à quelques kilomètres d’ici.
Vers 2h du matin, je traverse enfin la ville principale de l’île : Portree.

Portree by night…
Portree – The old man of Storr
Entre Portree et la chaîne montagneuse du nord de l’île, le sentier longe des falaises escarpées. Étant seul dans la nuit je n’ai pas envie de prendre de risques. J’ai aussi envie que ma fille ait encore son papa pour son anniversaire. Je troque donc l’itinéraire de la falaise contre un sentier qui semble grimper de l’autre côté de la route… Pas longtemps. Cela ne mène nul part et je suis contraint de rebrousser chemin. Je choisi finalement la troisième option par la route. A cette heure, je suis seul à parcourir l’asphalte. À l’aube, le monument naturel du Storr apparaît finalement au loin.

C’est un au lieu touristique de l’île, mais à cette heure matinale tout le monde dort. J’ai le site pour moi tout seul !!!

Trotternish Ridge
Je poursuit mon chemin sur l’arête montagneuse. Une nouvelle fois je me trouve dans une impasse avant de comprendre que je dois redescendre pour monter sur une autre arête. Le chemin est long et laborieux. Mes jambes ont perdu en élasticité et j’ai troqué la course pour la randonnée.

Je suis engagé dans une zone de non retour. Je n’ai qu’un seul choix : avancer !
Le parcours semble interminable. Derrière chaque mont gravi apparaît trois autres monts.
Avec la fatigue, un dialogue intérieur négatif commence à résonner en moi. Je me maudit d’avoir eu l’idée de ce défi.
Je commence à me dire qu’il se peut que je n’arrive pas au bout du parcours. Mon critique intérieur se satisfait de me dire que j’ai manqué d’humilité et que cela me ferait une bonne leçon.
Je m’efforce pour autant de rester positif. Les paysages grandioses m’aident à porter mon attention sur quelque chose d’énergisant.
Je ne peux pas me résigner à abandonner, et de toute façon je suis obligé d’avancer pour me sortir des étendues sauvages.
Je décide alors que deux choses sont importantes pour moi :
- Arriver au bout.
- Fêter l’anniversaire de ma fille le soir même.

”Chaque instant comporte une part de magie, reçois cela comme un cadeau et sers-toi de cette énergie pour avancer.” – Porteurs d’Arbre –
Je remplace alors la pensée ”Je n’y arrive pas” par le mantra ”Je vais y arriver”.
Je passe en mode guerrier. La douleur me fait alors moins souffrir et j’ai un regain d’énergie.
Après des heures d’efforts, j’arrive finalement aux Quiraings qui marquent le bout de la chaîne montagneuse.

Les Quiraings – Rubha Hunish
Je pense m’en être sorti lorsque je me retrouve une nouvelle fois dans une impasse.
S’en est trop, je décide de couper au droit pour aller directement vers l’arrivée. Je lutte dans les herbes hautes pour tracer mon chemin droit vers le nord.
Après un nouvel effort interminable, j’arrive enfin au parking du sentier final. J’envoie ma position à Charlotte. Non seulement je vais arriver au bout, mais en plus nous allons pouvoir faire la randonnée finale en famille dont je rêve depuis des mois !
En les attendant, j’en profite pour faire une petite sieste dans l’herbe.
Charlotte et les enfants arrivent finalement. Ils sont plein d’énergie et les 7 km aller-retour à parcourir sont une formalité pour eux. Il faut dire que ça fait des mois que je les entraîne à marcher sur des kilomètres. Zoé a même envie de grimper pour aller chercher le sommet de la butte. Son idée est excellente, puisqu’elle nous mène directement au bothy de Rubha Hunish !

J’avais fait de ce lieu une obsession, allant jusqu’à encadrer une photo de la destination à la maison. Nous allons désormais pouvoir remplacer la photo dans le cadre…

Si l’aventure a été difficile et inconfortable, elle représente pour moi une énorme réussite.
J’ai mis 26 heures à parcourir 115 km et plus de 5000 m de dénivelé positif.
Comme pour marquer le moment le plus dur de l’épreuve, ma montre s’est arrêtée. J’ai alors fait la meilleure chose que je pouvais faire : la relancer et repartir !


Au-delà de ça, ce dont je suis le plus satisfait et d’avoir pu partager cette aventure avec ma famille et un de mes amis.
Enfin, si les longs mois d’entraînement ne m’ont pas permis de survoler les montagnes comme un champion d’ultra trail, ils m’ont permis de construire une résilience dans l’adversité. En plus de ça, le soir même, j’étais assez en forme pour fêter l’anniversaire de ma fille au restaurant !
Le lendemain j’étais plein d’énergie pour continuer à profiter pleinement des vacances en famille !!!



Franchement.bravo.belle performance.tu te rapproches des ultras.😜
Encore bravo une sacrée volonté.
Aplus
Dominique
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Merci Dominique !
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