27 Juin 2025
Je suis en pleine confiance. Je viens de courir le marathon de Paris pieds nus et je me lance à l’assaut du Grand Raid de l’Ultra Marin (175 km pour faire le tour du Golfe du Morbihan).
Ça ne va pas durer. Les sentiers du Golfe me mettent rudement à l’épreuve. Au 100ème km je suis à l’agonie. Sans savoir comment, j’arrive à trainer mon corps jusqu’au 120ème km pour rendre mon dossard et abandonner.


Malgré les bâtons (ou plutôt des cannes ici pour moi) qu’on m’avait prêté, je fais mentir mes enfants qui m’avaient dit que j’allais y arriver…


Je dois m’avouer vaincu… et surtout avouer que je suis bien moins fort que je l’avais imaginé. La défaite a un goût très amer.
Passer à autre chose
Lorsque les inscriptions pour l’édition 2026 s’ouvrent en décembre, je ne suis pas du tout motivé pour retenter l’épreuve. Même si une part de moi se dit que je pourrais m’offrir une seconde chance, j’ai envie de tourner la page et de passer à autre chose.
Et en Janvier « autre chose » se présente. La mutation de Charlotte est acceptée… au Chili !
Pour remplir les caisses et nous séréniser avant de partir, je signe un contrat de menuisier poseur pour les quelques mois qui nous séparent de notre départ.
Ce travail me donne immédiatement une structure qui m’avait manqué l’année précédente.
En plus de ça, Nico, mon ami et collègue est en pleine préparation d’un Ironman. Durant les trajets en camion, on parle constamment de projets sportifs, de défis et d’entraînement. Et durant la pause, on s’entraîne. J’ai pleins d’idées pour optimiser nos performances…

L’appel
Au printemps l’appel est trop fort :
« Il faut absolument que je me prépare pour retourner à l’Ultra Marin et tester mes idées d’entraînements ! »
Oui mais voilà, la vente des dossards est clôturée depuis la minute qui a suivi l’ouverture des inscriptions en décembre. Je m’inscris donc sur la bourse aux dossard en prenant le pari que ma position dans la liste d’attente passera de 312ème à 1er avant Juin…

Puis je me prépare comme si j’allais prendre le départ le 26 Juin.
J’expérimente pleins de nouvelles méthodes d’entraînement physique et mental (voir l’article Retour sur la prépa du printemps)
En mai, un dossard se libère.
L’occasion de boucler la boucle avant de partir au Chili s’offre à moi sur un plateau.
Il ne me reste plus qu’à relever l’énorme défi qui m’a mis à genou un an plus tôt…
26 Juin 2026
Je rentre dans le sas de départ.
Pas avec ceux qui le courent en 30h (comme l’année d’avant)… Je suis cette fois tout au fond, avec les derniers. Non seulement j’arrive avec une grande humilité, mais l’appréhension de l’événement m’incite à démarrer doucement.
Je me présente également avec 4 kg de poids de corps en plus que l’année d’avant, répartis entre la masse musculaire et la densité osseuse liées au port de charges de ces derniers mois.

Après un départ très très tranquille, j’installe progressivement mon rythme.
En chemin je repère René Heinz dont ma mère m’a montré un article l’après-midi même. 21 fois finisher sur les 21 éditions de l’Ultra Marin, à 71 ans ce mec est un mine de sagesse. Je ne peux pas le laisser filer sans lui demander des conseils…

René me donne ses précieux conseils gratuitement. Il a toujours refusé de les vendre et il me dit littéralement que :
« Tout savoir qui n’est pas partagé est perdu. »
J’en suis tellement reconnaissant que je vais partager en retour les 3 conseils qui m’ont le plus aidé !
#1 S’alimenter fréquemment mais pas tout le temps
René s’alimente toute les 2 heures.
C’est un rythme qui me convient parfaitement. Je ne suis pas fan d’ingérer des trucs toutes les demi-heures. Et puis, comme j’ai une grande flexibilité métabolique grâce à ma pratique du jeûne intermittent, je peux passer du temps sans manger et sans perdre d’énergie.
J’aime aussi ressentir la faim. D’une part, j’ai appris à m’en servir comme moteur et, d’autre part, ça me permet de ressentir intuitivement ce dont mon corps a besoin.
Ce qui est parfait pour moi c’est que les étapes sont espacées d’une quinzaine de kilomètres et qu’avec une vitesse moyenne de déplacement de 7 km/h, je peux me contenter de ne manger que sur les ravitos. En plus, ça créer une puissante récompense à la validation de chaque étape. Comme je carbure à la dopamine, c’est parfait.

Pour l’hydratation j’utilise le même système de récompense mais à une échelle beaucoup plus courte. Un point à atteindre ou un coureur à doubler et je gagne une pause marche/hydratation.
#2 Ne pas forcer le sommeil
Le sommeil est encore une zone floue pour moi. J’ai plus ou moins appris à m’en passer, mais là je vais en avoir besoin.
L’année précédente j’avais essayé de dormir sur un lit de camp dans le gymnase de Sarzeau. René me dit qu’il ne fallait surtout pas faire ça. Pour lui, le sommeil ne se programme pas et ne se force pas. Si on en ressent le besoin, on trouve un coin calme sur le bord du sentier et on s’allonge le temps qu’il faut.
Durant la nuit justement je sens la fatigue me gagner. J’ai évité la caféine pour être à l’écoute des besoins de mon corps. Exactement comme durant notre tour du GR Pays de Vannes avec Seb, je trouve un coin calme derrière un talus. Je met une veste et je m’allonge en regardant le ciel étoilé. A côté j’entend les pas des coureurs qui défilent. Contrairement à l’année précédente, je ne me mets pas de pression sur le retard que je prends. La course est longue et j’aurais bien le temps de le rattraper.
Je me reveil à 4h, 30 minutes exactement après m’être allongé. Micro sieste parfaite. Je me lève et repars en courant. C’est exactement comme dans mon défi des 2km par heure pendant 24h ! Comme quoi tout s’entraîne.
Et sur qui je tombe en sortant ???
René qui était 30 minutes derrière moi et qui maintient son allure de métronome !
Je le remercie du conseil.
Il me dit : « Super, maintenant t’as la patate ! »
#3 Ne pas rendre le dossard
René a abandonné une seule fois dans toute sa vie. Mais il m’incite fermement à ne pas lâcher. Changer l’allure ou les positions s’il faut, mais ne pas abandonner.
A l’inverse, mon corps me supplie de m’arrêter. Et en même temps je sais qui si je l’écoute, le supplice va soit durer encore plus longtemps, soit ça sera un nouvel échec.
Alors je préfère écouter René.
Je me force à courir. Malgré mes mini-contrats avec les récompenses hydratation, maintenir l’allure est de plus en plus pénible. C’est de l’inconfort à l’état brut. Je suis loin de l’inconfort instagramable avec mes bains d’hiver dans l’océan. Là c’est du vrai inconfort, douloureux, long… bref inconfortable pour de vrai !
Mais comme je me l’étais déjà dit avant le départ de l’édition 2026 :
« Abandonner n’est pas une option cette année ! »
La clé de la victoire…
J’ai optimisé tous les paramètres pour revenir gagnant cette année (entraînement, récupération, alimentation, préparation mentale, stratégie de course, thermorégulation…)
Il en reste un essentiel pour moi.
Le partage de l’aventure avec proches !
Si je recherche volontairement à dépasser mes limites et à sortir de ma zone de confort, mon moteur principal reste la joie. Et ce qui me rend le plus joyeux est de partager le moment avec les gens que j’aime !







La victoire
Grâce à une super préparation et au soutien de mes proches, j’arrive en fin au bout de l’ultra Marin 2026 après 30 heures d’effort.
Comme un symbole, Nico, mon copain et partenaire d’entraînement de ces derniers mois, m’accompagne sur le dernier kilomètre.
La boucle est bouclée !



Ce que je retiens…
J’ai échoué sur l’édition 2025 de l’Ultra Marin.
Oui appelons un chat un chat. C’était un échec et c’est très bien comme ça. Je n’ai pas peur des échecs ils font parti de la vie. Dire qu’il n’y a pas d’échec, c’est comme se croire dans le monde des bisounours. Si les victoires existent, c’est parce qu’il y a des échecs.
Personnellement je préfère les confronter et goûter pleinement leur amertume…
Ça me donne encore plus soif de revanche !
Et puis ça rend la victoire est encore plus savoureuse !!!
Pour ce qui est du concept de l’abandon, je le vois différemment maintenant…
Je me dis que :
« Tant qu’on recommence, on pas vraiment abandonné ! »
